Bosnie-Herzégovine : La crise entre Sarajevo et l'entité serbe menace les accords de paix de 30 ans, selon l'ONU.
Tensions croissantes en Bosnie-Herzégovine : l’ONU s’alarme de l’escalade politique
La situation en Bosnie-Herzégovine, trente ans après la signature des accords de paix de Dayton, devient de plus en plus précaire. Les tensions qui s’intensifient entre les autorités de la Republika srpska, une des deux entités du pays, et le pouvoir central, suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. Le porte-parole du secrétaire général des Nations Unies, Stéphane Dujarric, a récemment appelé tous les acteurs à la retenue, face à des propositions législatives qui pourraient raviver les fractures historiques au sein du pays.
La Bosnie-Herzégovine demeure profondément marquée par la guerre dévastatrice de 1992-1995, qui a causé la mort de près de 100 000 personnes. Le pays est divisé principalement en deux entités : la Republika srpska, dominée par les Serbes, et la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, principalement composée de Croates et de Musulmans (Bosniaques). Ce schéma institutionnel fragile est menacé par les intentions de Milorad Dodik, le président de la Republika srpska, qui pousse pour une autonomie accrue de cette entité.
Dodik et la proposition d’une nouvelle Constitution
Le Parlement de la Republika srpska a récemment approuvé un projet de nouvelle Constitution, qui doit être soumis à un débat public de 30 jours. Ce texte propose de définir la Republika srpska comme « l’État du peuple serbe et de tous les citoyens qui y habitent ». Il revendique également le « droit à l’autodétermination » et à la formation de « fédérations ou confédérations » avec d’autres États ou groupes, faisant ainsi allusion à une éventuelle union avec la Serbie. Un des points cruciaux de ce projet est la création d’une armée autonome pour la RS, ce qui est perçu par plusieurs analystes comme une menace à la stabilité régionale.
Cette nouvelle initiative déclenche de vives réactions au sein de la communauté internationale. Christian Schmidt, le Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, a affirmé que ce projet de Constitution représentait une « violation flagrante » des accords de paix de 1995. Les partis d’opposition en RS ont également exprimé leurs réticences, qualifiant les actions de Dodik de « folles » et « dangereuses ». Nebojsa Vukanovic, un député de l’opposition, a même connu des répercussions personnelles avec l’incendie de sa voiture, un acte qu’il attribue à la majorité au pouvoir.
Le climat politique est déjà tendu, car Dodik a été condamné à un an de prison pour avoir rejeté l’autorité du Haut représentant. Cette condamnation, qui s’accompagne d’une interdiction d’exercer ses fonctions pendant six ans, a été qualifiée par Dodik de « procès politique » visant à l’éliminer de la scène politique. En réponse à cette décision de la cour, le Parlement de la RS a voté une loi interdisant à la justice centrale d’exercer ses fonctions sur son territoire, aggravant une situation déjà explosive.
L’arrestation de Milorad Dodik a été ordonnée par le parquet fédéral bosnien, ce à quoi ce dernier a réagi en refusant de répondre à la convocation et en défiant l’autorité centrale en déclarant qu’il ne serait pas arrêté. Il a même conseillé à la police centrale de « ne pas agir ». Ce défi lancé aux autorités a suscité des inquiétudes tant au sein