Grippe aviaire : les producteurs de volaille alertent sur la diminution des financements pour les vaccins par l'État.
La colère gronde dans le secteur avicole français alors que le gouvernement annonce une réduction de sa participation financière à la campagne de vaccination obligatoire contre la grippe aviaire. Cette décision, qui voit le soutien passer de 70 % à 40 %, a suscité de vives réactions au sein des filières concernées, qui craignent que cette mesure n’engendre une augmentation significative des coûts pour les éleveurs, mettant en péril la santé publique et le secteur.
Un financement crucial menacé
Le ministère de l’Agriculture a confirmé à l’AFP la réduction de ce financement pour la campagne de vaccination prévue pour l’année 2025-2026. Bien que cette information ait été officialisée, le ministère n’a pas fourni de détails sur les raisons sous-jacentes à cette décision ou sur les économies anticipées. Les interprofessions avicoles, quant à elles, affirment n’avoir été informées de cette décision qu’après un « arbitrage de Matignon », et soulignent qu’aucune consultation préalable n’a été organisée.
Le panorama financier des campagnes de vaccination est préoccupant : ces campagnes annuelles coûtent plus de 90 millions d’euros, selon les estimations des filières. Guy-Marie Brochard, président du Comité interprofessionnel du canard à rôtir (Cicar), a exprimé sa déception face à cette décision, soulignant que « nous avons conscience de l’état des finances publiques, mais c’est inacceptable, nous ne pourrons pas supporter les coûts supplémentaires ». Face à cette situation, il a demandé à être reçu par le cabinet de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.
Il est important de noter que si cette baisse de participation peut sembler justifiée au regard des considérations budgétaires, elle soulève des inquiétudes quant à la capacité des éleveurs à maintenir les niveaux de vaccination et à prévenir une résurgence de l’influenza aviaire. La vaccination contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) est particulièrement essentielle, car elle a prouvé son efficacité : depuis son introduction à l’automne 2023, plus de 71 millions de canards ont été vaccinés.
Une situation de santé publique alarmante
Le contexte européen et mondial renforce les craintes autour de l’influenza aviaire. Les autorités sanitaires, tant animales qu’humaines, signalent une diffusion accrue de la grippe aviaire dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, où une hausse des infections a conduit à un effondrement des élevages de volailles et à une flambée des prix des œufs. Ce phénomène a également des répercussions sur d’autres secteurs agricoles, comme l’élevage laitier, en raison d’une mutation du virus. À ce jour, plusieurs dizaines de cas humains ont été rapportés, avec même des décès.
À l’échelle internationale, face aux succès de la vaccination en France, des voix s’élèvent pour plaider en faveur d’une telle campagne dans des pays tels que les États-Unis et le Royaume-Uni. Les deux années précédant l’instauration de la vaccination en France sont marquées par une tragédie : plus de 1 800 foyers d’IAHP ont été détectés, entraînant l’abattage de 32 millions de volailles. En revanche, seulement une trentaine de foyers a été constatée lors des deux dernières saisons, ce qui démontre l’impact positif de la vaccination.
La dégradation de la santé publique due à l’IAHP souligne l’importance d’un soutien gouvernemental robuste pour que le secteur puisse faire face à des situations critiques. La réduction du financement pourrait compromettre les progrès réalisés et entraîner une résurgence de la maladie, avec des conséquences dévastatrices tant pour la santé animale que pour