Trois journalistes turcs arrêtés suite à un article critique sur le procureur d'Istanbul.
Interpellation de journalistes : Un nouveau coup porté à la liberté de la presse en Turquie
Le 9 février 2024, le quotidien turc de gauche, BirGün, a rapporté l’interpellation de trois de ses journalistes dans le cadre d’une enquête qui suscite une vive indignation tant au sein du milieu journalistique que de la société civile. Ugur Koç et Berkant Gültekin, tous deux journalistes de l’édition en ligne du journal, ainsi que Yasar Gökdemir, directeur de la rédaction, ont été arrêtés pour avoir publiquement critiqué le procureur général d’Istanbul. Leur relâchement est intervenu après des heures d’interrogatoire, mais cette affaire soulève des questions cruciales sur la liberté d’expression en Turquie et l’utilisation de la législation antiterroriste à des fins de répression.
Cette interpellation a été décrite comme « injustifiée » par Erol Önderoglu, représentant de Reporters sans frontières (RSF), qui a souligné la gravité de la situation. Selon le rédacteur en chef de BirGün, Ibrahim Varli, les journalistes sont accusés de s’en être pris à des personnes engagées dans la lutte contre le terrorisme. Ces accusations, souvent utilisées par les autorités pour justifier des actions contre la presse, sont perçues comme une tentative d’intimidation envers les voix critiques et un affront à l’indépendance des médias en Turquie.
Contexte : Une presse sous pression
La presse turque évolue dans un environnement particulièrement hostile. Les autorités gouvernementales ont intensifié ces derniers mois les enquêtes judiciaires visant des journalistes qui critiquent le pouvoir en place. Des figures politiques de l’opposition, comme Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul, et Özgür Özel, président du parti d’opposition CHP, ont eux aussi été ciblés en raison de leurs commentaires sur le procureur d’Istanbul. Selon plusieurs ONG de défense des droits de l’homme, des milliers de journalistes et d’écrivains ont été arrêtés ou poursuivis depuis le coup d’État manqué de 2016.
Le soutien à BirGün s’est manifesté à l’extérieur du tribunal stambouliote de Caglayan, où une centaine de manifestants s’est rassemblée pour promouvoir le slogan « BirGün ne se taira pas ». Ces arrestations ont fait ressortir le fossé croissant entre les autorités et une partie de la société turque qui revendique la liberté d’expression. Ibrahim Varli a déclaré que de telles mesures visent à « faire taire la presse et la société par des enquêtes et des arrestations ». Cette conjoncture invite à réfléchir sur les implications de ces événements sur l’état de droit en Turquie et la protection des droits fondamentaux.
Les rapports d’organisations internationales, tels que RSF, montrent que la Turquie est l’un des pays les plus dangereux pour les journalistes. Les lois sur la diffamation, la lutte contre le terrorisme et la sécurité nationale sont régulièrement utilisées pour réduire au silence ceux qui critiquent le gouvernement. La situation actuelle pose également des questions sur le rôle de la communauté internationale face à ce régime répressif.
Les interpellations récentes des journalistes de BirGün ne sont qu’une partie d’un paysage médiatique largement dominé par le contrôle gouvernemental. L’existence de lois permettant de poursuivre des journalistes pour leur travail est une menace existante qui ajoute à la pression déjà exercée par l’État. L’inquiétude grandissante parmi les journalistes et les groupes de défense des droits de l’homme est que cette tendance continue à s’aggraver, rendant la tâche encore plus difficile pour ceux qui choisissent