Vencorex en péril : enjeux économiques et stratégies autour d'une usine chimique menacée de liquidation.
Une usine en péril : enjeux et perspectives pour Vencorex
Le tribunal de commerce de Lyon se rassemble ce jeudi 10 avril 2024 pour examiner un dossier crucial pour l’industrie chimique française : l’avenir de l’usine Vencorex, implantée au Pont-de-Claix, près de Grenoble. Cette usine, actuellement en redressement judiciaire, fait face à la menace de liquidation, ce qui pourrait se traduire par des pertes d’emplois et des répercussions économiques considérables dans la région.
La situation de Vencorex est alarmante. L’usine, qui a vu son effectif réduit de 450 à près de 300 salariés depuis septembre 2024, se trouve en situation difficile en raison d’une concurrence accrue, notamment de la part des producteurs chinois. Son actionnaire, le groupe thaïlandais PTT GC, a été contraint de solliciter un redressement judiciaire face à un marché qui est devenu « hyper concurrentiel » selon des sources internes. Ce processus légal remet en cause non seulement l’existence de l’usine, mais également celle d’un écosystème industriel en France.
Les répercussions d’une possible fermeture de Vencorex dépassent les murs de l’usine. En effet, les syndicats ainsi que des personnalités politiques, comme Jean-Luc Mélenchon et François Hollande, s’inquiètent des conséquences potentielles sur l’ensemble de la « vallée de la chimie », qui compte environ 6 000 emplois dans la région. La cessation d’activité de Vencorex pourrait entraîner une réaction en chaîne avec des fermetures d’autres sites, notamment l’usine Arkema à Jarrie, où plus de 150 postes sont menacés.
Des solutions en débat : coopération versus reprise étrangère
Face à cette situation critique, deux scénarios de reprise sont envisagés. D’un côté, un groupe chinois, Wanhua, propose une solution qui ne conserverait qu’un petit nombre d’emplois. En revanche, une démarche locale initiée par d’anciens salariés, assistés par un entrepreneur local, envisage une reprise coopérative de la totalité des actifs et la sauvegarde de 273 postes. Cette offre, symboliquement évaluée à 2 euros, pourrait permettre de maintenir la production tout en transformant Vencorex en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).
Ce projet, nommé CIRCEI, propose non seulement de sauver des emplois, mais aussi de transformer l’outil industriel en une plateforme d’innovation chimique. La SCIC prévoit un budget ambitieux pour le redémarrage, estimé à 20 millions d’euros, avec un total de besoins financiers atteignant 120 millions d’euros d’ici 2029. Le soutien public est crucial, puisque la SCIC espère mobiliser près de 60 millions d’euros de subventions et des prêts. Des collectivités locales ont déjà promis des contributions, et la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est engagée à apporter son soutien.
Le ministre de l’Industrie, Marc Ferracci, a également fait savoir que l’État se serait engagé à soutenir toute offre viable, notamment en fournissant un euro public pour chaque euro privé investi dans le projet de reprise des salariés. Ce soutien pourrait renforcer la viabilité de l’option coopérative dans un cadre où la sécurité d’approvisionnement en chlore, essentiel pour des applications stratégiques dans les domaines nucléaire et spatial, est mise en cause.
La situation est complexe, et alors que les débats se poursuivent, les investitures publiques et privées semblent être des éléments déterminants pour l’avenir de Vencorex. L’engagement de différents acteurs, allant des élus locaux aux entreprises industrielles, sous-tend l’importance de cet équipement pour la chimie