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Angoulême menacé de boycott après la réintégration de 9e Art entre accusations de dérive commerciale, enquêtes judiciaires et retraits d'éditeurs

Le FIBD fait face à un boycott après la réintégration de 9eArt, des retraits d'éditeurs et une information judiciaire. Décision attendue le 20 novembre.

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême traverse une crise profonde qui met en péril son image et, potentiellement, ses prochaines éditions. La décision de confier à nouveau une place centrale à la société 9eArt+ dans l’organisation du festival a déclenché une vague d’appels au boycott de la part d’auteurs, d’éditeurs et de syndicats, tandis que des voix réclament une refonte complète de la gouvernance de l’événement.

Quelle gouvernance pour l’avenir du FIBD ?

Né en 1974, le FIBD est organisé par 9eArt+ depuis 2007. Après des critiques répétées sur la gestion et la transparence de la société, l’association propriétaire du festival avait annoncé au printemps qu’elle ne reconduirait pas le contrat de 9eArt+ au-delà de 2027 et lancerait un appel à projets pour l’organisation à partir de 2028. En juillet, la société a indiqué que son directeur, Franck Bondoux, se retirerait à cet horizon tout en se réservant la possibilité de répondre à l’appel à projets.

Le retournement intervenu récemment par l’association du festival propose cette fois un binôme associant 9eArt+ et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image (CIBDI). Ce « projet commun », à remettre au plus tard le 20 novembre, est présenté comme un moyen d’accroître la transparence et d’ouvrir davantage la place des financeurs publics — État et collectivités locales — dans la gouvernance.

Ruptures, boycott et réactions du milieu

La proposition n’a pas apaisé les critiques. Une vingtaine de lauréats du Grand Prix d’Angoulême ont signé une tribune dans L’Humanité dénonçant une dégradation continue du festival et demandant le départ de 9eArt+. Des autrices et auteurs prestigieux, dont Anouk Ricard, Pénélope Bagieu et Florence Cestac, ont annoncé qu’ils n’iraient pas à l’édition 2026. Syndicats d’auteurs (SNAC, STAA/CNT-SO) et syndicats d’éditeurs (SNE, SEA) ont aussi exprimé leur désapprobation et menacent de se retirer des éditions futures sans clarifications suffisantes.

Sur le plan professionnel et économique, plusieurs grands groupes et maisons d’édition — Média-Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Kana, Urban Comics…) — ont d’ores et déjà indiqué qu’ils ne participeraient pas à l’édition 2026. D’autres acteurs, comme Casterman, ont temporisé en attendant l’issue des discussions avec les pouvoirs publics.

L’affaire se double d’allégations graves rapportées par la presse : L’Humanité a évoqué des « dérives commerciales » et un manque de transparence chez 9eArt+, ainsi que le licenciement d’une salariée du festival après qu’elle ait porté plainte pour viol suite à une soirée de l’événement en 2024. Le parquet d’Angoulême a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire, et la plaignante a saisi le conseil de prud’hommes de Paris pour contester son licenciement. Du côté de la direction de 9eArt+, la décision de licenciement est présentée comme liée à « un comportement incompatible avec l’image de l’entreprise ». Ces allégations, déjà à l’origine de controverses antérieures (notamment l’annulation d’une exposition en 2022), ont accentué l’exaspération du milieu.

Élus locaux, financeurs publics et le ministère de la Culture ont appelé à la prudence : le ministère attend le rendu du projet commun le 20 novembre pour se positionner définitivement, soulignant que « les contours des éditions futures restent flous ». Les collectivités, qui subventionnent aussi la CIBDI, ont été sollicitées pour prendre une place « appropriée » dans la gouvernance.

Relevé · Fiabilité des sources citées

Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.

  1. Les informations du dossier proviennent majoritairement de médias et d’institutions reconnus : France Inter, Franceinfo, l’AFP et Radio France sont des organes de presse publics ou des agences reconnues pour leur rigueur journalistique et leurs vérifications factuelles ; leurs comptes rendus peuvent être considérés comme fiables pour les éléments factuels (calendriers, déclarations officielles, confirmations judiciaires). L’Humanité et Libération sont des titres nationaux bien établis ; L’Humanité a un ancrage politique à gauche qui peut influencer le cadrage éditorial, mais ses enquêtes factuelles sont néanmoins souvent recoupées par d’autres médias. Libération est aussi un quotidien national qui pratique le reportage d’investigation.

  2. Pour les allégations les plus sensibles (plainte pour viol, licenciement et information judiciaire), la mention de l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet d’Angoulême constitue un élément public et vérifiable, renforçant la fiabilité de ce point. En revanche, les interprétations sur les intentions des uns et des autres, ou les évaluations morales de la gestion du festival, relèvent davantage d’appréciations subjectives diffusées par différents acteurs et syndicats : elles doivent être replacées dans leur contexte et recoupées lorsque c’est possible.

  3. À court terme, l’essentiel reste d’observer l’issue du projet commun attendu le 20 novembre et la position que prendront les financeurs publics. Le retrait ou la participation des maisons d’édition et la réaction des lauréats et du public détermineront si le FIBD peut renouer avec la confiance de la profession ou s’il devra repenser en profondeur son mode d’organisation.

L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.

La rédaction de Commons

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