Tanis Une tombe royale livre 225 ouchebtis de faïence verte associés à un sarcophage, cartouches de Chéchonq III et nouvelles questions sur rites funéraires et politique de la Troisième Période Intermédiaire
La mission française a extrait 225 ouchebtis en faïence verte à Tanis; certains cartouches portent le nom de Chéchonq III. Enquête sur rites et politique.
C’est une découverte rare et potentiellement déterminante pour la compréhension des pratiques funéraires et de l’histoire politique de la Troisième Période Intermédiaire : lors de fouilles à Tanis, dans le delta du Nil, l’équipe de la Mission française des fouilles de Tanis a dégagé 225 petites statuettes funéraires en faïence verte, disposées en étoile sur les parois et en rangées dans le fond d’une tombe étroite occupée par un imposant sarcophage. Les déclarations publiques du directeur de la mission, Frédéric Payraudeau, et du codirecteur égyptien Ahmed Nakshara ont été rendues lors d’une conférence de presse à Paris le 5 décembre, point de départ des informations transmises ici.
Un contexte de découverte exceptionnel
Les statuettes, appelées ouchebtis (ou ushabtis), étaient conçues pour servir d’auxiliaires magiques du défunt dans l’au-delà. Leur mise au jour « en place » — c’est-à-dire non dispersées ni remaniées — est rare : selon Payraudeau, on n’avait pas observé un tel ensemble intact à Tanis depuis la seconde moitié du XXe siècle, et des trouvailles comparables ne sont connues que dans quelques cas emblématiques comme la tombe de Toutânkhamon. L’équipe, rattachée à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE-PSL), a travaillé avec minutie : dix jours ont été nécessaires pour extraire les 225 figurines, certaines représentant des chefs d’équipe et plus de la moitié figurant des femmes, un détail jugé « assez exceptionnel » par le directeur de la mission.
La découverte a été faite le 9 octobre au matin, selon le récit de terrain livré par les fouilleurs : après avoir dégagé plusieurs angles d’une sépulture trapézoïdale, les archéologues ont aperçu les statuettes collées aux parois, provoquant une mobilisation immédiate pour sécuriser le chantier et poursuivre le travail au-delà des horaires habituels. L’extraction s’est faite avec éclairage et captation vidéo pour documenter chaque étape, ce qui correspond aux bonnes pratiques de fouille moderne.
Identification du défunt et implications historiques
Le détail le plus retentissant est l’identification du propriétaire de la tombe : des cartouches peints sur certaines statuettes portent le nom royal de Chéchonq III (règne estimé 830–791 av. J.-C.), ce qui permet d’attribuer au défunt le statut de pharaon ou de dignitaire de haut rang lié à ce souverain. Cette attribution résout une énigme locale : une autre tombe du site — et le plus grand sarcophage connu à Tanis — portent également le nom de Chéchonq III, mais ce dernier n’y semble pas avoir été enterré. Plusieurs explications plausibles existent et doivent rester présentées comme des hypothèses : troubles de succession et guerres civiles pendant les quarante années de règne du pharaon; inhumation prévue dans une sépulture différente puis empêchée; ou encore déplacement du corps après pillages. Payraudeau a estimé qu’une réinstallation tardive d’un sarcophage de granite de 3,50 m sur 1,50 m dans un espace étroit paraît peu probable, mais les fouilles à venir et les analyses matérielles (stratigraphie, datations, étude du mobilier) permettront de trancher davantage.
La localisation à Tanis rappelle l’importance de ce site, capitale des rois de la XXIe dynastie et connu depuis les fouilles anciennes (notamment celles de Pierre Montet au XXe siècle) pour ses tombes royales et ses monuments, comme le grand sphinx de granite conservé au musée du Louvre. La découverte apporte des données neuves sur les rites funéraires et la composition des équipages d’« ouchebtis », ainsi que sur la chronologie et les pratiques funéraires de l’époque tardive de la monarchie égyptienne.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
-
Les informations publiées dans la conférence de presse reposent principalement sur les déclarations du directeur de la mission et de ses collègues, membres d’une institution universitaire reconnue (EPHE-PSL). Il s’agit d’une source primaire directe et crédible pour décrire la découverte et les conditions de fouille : les chefs de mission sont habituellement les meilleurs témoins de leur propre travail.
-
Cependant, plusieurs précautions sont nécessaires avant de considérer tous les éléments comme définitivement établis. D’une part, l’annonce publique n’est pas encore accompagnée (au moins dans le texte fourni) d’un rapport scientifique détaillé, d’analyses publiées en revue à comité de lecture, ni des photographies et de la documentation technique complètes qui permettront à la communauté scientifique d’évaluer les interprétations (datations, lectures des cartouches, contexte stratigraphique). D’autre part, certaines formulations historiques signalées (par exemple l’affirmation selon laquelle rien de comparable n’aurait été trouvé depuis 1946) demandent vérification auprès des publications archéologiques antérieures pour en confirmer la portée exacte.
-
En résumé, la découverte est documentée par une mission universitaire sérieuse et décrit des faits archéologiques tangibles qui semblent robustes, mais il faudra attendre la publication complète des données et l’examen par des spécialistes indépendants pour confirmer certaines interprétations mégahistoriques. Les annonces publiques constituent une étape d’informations initiales ; l’évaluation finale dépendra des rapports scientifiques à venir et des études matérielles et historiques qui suivront.
L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.