Procès à Londres contre Associated Newspapers : le prince Harry, Elton John et cinq plaignants pointent écoutes, piratage et paiements illégaux lors d une audience de neuf semaines qui interroge les pratiques des tabloïds
Procès de neuf semaines à Londres : le prince Harry et six plaignants accusent Associated Newspapers d'écoutes, piratage et paiements illégaux.
Un nouveau procès s’ouvre à Londres dans la longue confrontation entre le prince Harry et la presse écrite britannique, et cette fois l’enjeu porte sur l’éditeur du Daily Mail, Associated Newspapers Limited (ANL). Le fils cadet du roi Charles III accuse l’éditeur d’avoir obtenu des informations privées par des moyens illégaux — écoute, piratage téléphonique, recours à des détectives et paiements à des agents — et s’est présenté à l’ouverture de l’audience devant la Haute Cour de justice britannique le lundi 19 janvier. La procédure, qui doit durer neuf semaines, réunit au total sept plaignants et promet d’examiner des pratiques journalistiques anciennes et récentes, tout en soulevant des questions de prescription juridique et de responsabilité médiatique.
Les faits reprochés et les plaignants
Aux côtés du prince Harry figurent des personnalités connues, dont le chanteur Elton John et son époux David Furnish, les actrices Elizabeth Hurley et Sadie Frost, ainsi que Doreen Lawrence, mère de Stephen Lawrence. Tous poursuivent ANL pour des faits qui, selon leurs plaintes, incluent le recours à des détectives privés pour installer des dispositifs d’écoute dans des véhicules et domiciles, le piratage de conversations téléphoniques, le paiement de policiers pour obtenir des informations confidentielles, et l’obtention frauduleuse de dossiers médicaux.
Les incidents dénoncés couvrent majoritairement la période 1993-2011, avec quelques allégations datant de 2018. Les plaignants sont représentés par l’avocat David Sherborne, un conseil connu pour avoir défendu, entre autres, Johnny Depp et la princesse Diana. ANL a « nié vigoureusement » ces accusations, les qualifiant par le passé d’« absurdes ». Le groupe devra néanmoins expliquer sous serment ses relations passées avec des enquêteurs privés, notamment si la ligne de conduite annoncée en 2007 — l’interdiction de recourir à de tels détectives — a été respectée.
Enjeux judiciaires et implications
Le procès, programmé sur neuf semaines, inclut l’audition de plusieurs plaignants : Harry doit témoigner sur une journée entière ce jeudi, et d’autres, dont Sir Elton et Doreen Lawrence, devraient également comparaître. Le juge devra notamment trancher la question de la prescription : en droit anglais, le délai pour une atteinte à la vie privée est de six ans, mais les demandeurs peuvent contourner cette limite s’ils prouvent qu’ils n’avaient pas connaissance d’un recours possible avant une date plus récente.
La procédure mettra en lumière des personnages périphériques mais centraux aux dossiers, tels que Graham Johnson — ancien journaliste impliqué dans des enquêtes sur des pratiques au sein du Mail mais qui a lui-même plaidé coupable d’écoutes illégales — et Gavin Burrows, un détective privé dont la signature sur une déposition antérieure a été contestée. L’examen judiciaire de ces acteurs pourra révéler l’ampleur et la nature des liaisons entre journaux et sources externes.
Sur le plan institutionnel, la famille royale a choisi de se tenir à l’écart. Le palais a indiqué que le roi Charles III ne rencontrerait pas son fils pendant la durée du procès, et le prince William a des engagements qui l’éloignent. Ce retrait reflète la prudence d’une maison royale soucieuse d’éviter d’être mêlée à une procédure judiciaire très médiatisée.
La bataille judiciaire s’inscrit par ailleurs dans un historique plus large : en 2023, Harry avait obtenu des dommages contre Mirror Group Newspapers pour piratage de messageries, et il a obtenu en 2025 des excuses et un dédommagement du groupe propriétaire du Sun pour des intrusions. Il a aussi engagé et retiré d’autres actions, dont une plainte en diffamation contre le Daily Mail qu’il a finalement abandonnée en janvier 2024.
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Ce procès constituera donc un moment clé pour éclairer, devant la justice, des pratiques supposées anciennes et pour mesurer l’évolution des normes journalistiques au Royaume‑Uni. Les audiences permettront d’établir, sous serment, les responsabilités éventuelles et d’éclairer la relation souvent conflictuelle entre célébrités et presse tabloïde.
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