À la COP30 Reclaim Finance et Canopée accusent BNP Paribas BPCE Crédit agricole et Société générale pour avoir facilité près de 10 milliards pour Bunge et Cargill et lient ces banques au soja responsable de la déforestation en Amazonie
À la COP30, ONG accusent quatre banques françaises d’avoir facilité près de 10 milliards pour Bunge et Cargill, liées au soja amazonien — lisez l’enquête.
Des ONG internationales ont jeté une nouvelle lumière sur les liens entre le secteur bancaire français et la filière du soja en Amérique du Sud, au moment même où les dirigeants mondiaux se réunissent à la COP30 à Belém. Reclaim Finance et Canopée ont publié, le 19 novembre, un rapport qui accuse BNP Paribas, BPCE (Banque populaire et Caisse d’épargne), Crédit agricole et Société générale d’avoir facilité pour environ 10 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros) des transactions financières en faveur des négociants Bunge et Cargill entre janvier 2024 et août 2025 — deux acteurs que les ONG qualifient de complices indirects de déforestation en Amazonie au Brésil. Leur lecture : ces financements montrent « la faiblesse, voire l’absence, des engagements des banques sur la déforestation ».
Les éléments avancés par les ONG et leur méthode
Pour établir un lien entre les négociants et des zones déboisées, Reclaim Finance et Canopée ont superposé deux séries de données : d’un côté, les cartes de déforestation produites par MapBiomas — un réseau qui utilise l’imagerie satellite pour suivre l’occupation des sols au Brésil — et, de l’autre, le recensement des silos et entrepôts de Bunge et Cargill tel qu’apparaissant dans les cadastres brésiliens. Les ONG relèvent que, dans 273 cas, des silos étaient localisés à moins de 50 km de parcelles identifiées comme déboisées, ce qui, selon elles, suggère que ces sites pourraient approvisionner les négociants à partir de terres récemment défrichées.
Ces conclusions interviennent sur fond d’alertes historiques : la moratoire sur le soja, signé en 2006, interdit la commercialisation de soja issu de terres déboisées en Amazonie après 2008, mais les ONG constatent que la déforestation liée à l’agrobusiness perdure, désormais aussi dans le Cerrado, la grande savane brésilienne voisine de l’Amazonie.
Réponses des banques et des négociants : positionnements et limites
Interpellés, les groupes bancaires ont répondu qu’ils avaient adopté des politiques de « zéro déforestation » et qu’ils suivaient la mise en œuvre de ces engagements. BNP Paribas indique que ses clients doivent se conformer à l’objectif zéro déforestation d’ici fin 2025, avec une évaluation prévue en 2026. Société générale évoque des critères d’exclusion pour la chaîne de valeur du soja en Amérique du Sud. Le Crédit agricole affirme aussi surveiller l’application de ses engagements, tandis que BPCE critique la méthodologie des ONG, dénonçant des « chiffres invérifiables » et l’absence de preuves explicites, et promet de publier sa démarche fin 2025. Bunge et Cargill rappellent avoir eux aussi des engagements pour éliminer la déforestation d’ici fin 2025.
Ces réponses montrent un clivage classique entre des engagements déclarés et la difficulté opérationnelle à tracer et bloquer les flux financiers ou commerciaux qui alimentent des activités à risque. Les transactions financières internationales comportent souvent des enchaînements complexes (prêts syndiqués, marchés de capitaux, opérations de trésorerie) qui compliquent la traçabilité directe entre un financement bancaire et l’achat d’une cargaison de soja.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
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– Reclaim Finance et Canopée : organisations environnementales reconnues, capables de produire des analyses ciblées sur la finance et les forêts. Leurs rapports sont pertinents pour alerter et orienter des enquêtes, mais, comme pour toute ONG, leurs conclusions méritent vérification indépendante et transparence méthodologique complète (données brutes, seuils de distance, périodes considérées).
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– MapBiomas : ressource scientifique largement utilisée pour le suivi de l’occupation des sols au Brésil. Les cartes satellitaires sont robustes pour détecter les changements d’usage des terres, même si des erreurs de classification existent et que la résolution temporelle et spatiale impose parfois des limites d’interprétation locale.
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– Cadastres brésiliens : sources administratives utiles pour localiser infrastructures et silos, mais la complétude et l’actualisation des registres peuvent varier selon les municipalités.
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– Déclarations des banques et des négociants : elles reflètent des positions publiques officielles et des politiques internes ; elles doivent être prises en compte mais sont insuffisantes pour infirmer ou confirmer des liens opérationnels sans preuves documentaires complémentaires (contrats d’achat, feuilles de route logistiques, données commerciales).
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– Médias et agences (citation de l’AFP dans le texte original) : l’AFP est une agence de presse générale réputée pour la vérification factuelle ; sa reprise des déclarations est utile mais dépend des informations fournies par les parties.
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Conclusion et angles d’enquête nécessaires
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Le rapport des ONG pose des questions opérationnelles et éthiques fortes sur la capacité des banques à appliquer réellement des politiques « zéro déforestation ». La méthode géospatiale employée est pertinente pour détecter des corrélations géographiques, mais elle ne suffit pas à établir une chaîne de causalité sans données commerciales et financières détaillées. Pour avancer, il faudra combiner analyses satellitaires, enquêtes sur la chaîne d’approvisionnement (contrats, mouvements de cargaisons) et audits financiers indépendants. Les autorités de régulation et des contrôles externes pourraient exiger des banques la publication de méthodologies, des indicateurs de conformité et la vérification indépendante des engagements annoncés.
L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.