Plus de 120 ONG exigent que la révision du SFDR exclue des fonds durables les entreprises finançant le développement des énergies fossiles pour lutter contre le greenwashing
Plus de 120 ONG demandent à la Commission d'exclure des fonds durables les entreprises finançant le développement des énergies fossiles.
Depuis la lettre ouverte signée par plus de 120 organisations et personnalités, la controverse sur la place des compagnies pétrolières et gazières dans les fonds dits « durables » a pris de l’ampleur à Bruxelles et dans les milieux financiers européens. Les signataires demandent à la Commission européenne, à l’occasion de la révision du règlement sur la transparence de la finance durable (SFDR), d’exclure explicitement des produits labellisés durables toute entreprise qui investit dans le développement des énergies fossiles.
Ce que réclament les ONG et pourquoi
Dans leur lettre, des ONG comme Reclaim Finance, le collectif Notre affaire à tous, et des personnalités comme le climatologue Jean Jouzel demandent que le périmètre des fonds « durable » soit recentré sur des activités réellement compatibles avec les objectifs climatiques. Leur argument central : la catégorisation actuelle — articles 6, 8 et 9 du SFDR — est trop floue et permet à des produits financiers de se prévaloir d’un label durable tout en finançant des projets de développement d’énergies fossiles, pratique qualifiée de greenwashing.
Les signataires réclament donc l’exclusion pure et simple du financement du développement pétrolier et gazier des fonds qui se déclarent durables, y compris des fonds de la catégorie la plus exigeante (article 9). Selon eux, c’est une condition minimale pour donner toute crédibilité à la lutte contre le greenwashing et pour aligner la finance sur les trajectoires de l’accord de Paris.
Contexte réglementaire et réactions du régulateur
Le règlement SFDR, en vigueur depuis 2021, impose aux acteurs financiers européens de classer et de publier des informations sur leurs produits selon trois niveaux d’exigence : article 6 (transparence de base), article 8 (promotion de caractéristiques environnementales, sociales ou de gouvernance) et article 9 (objectif d’investissement durable). Depuis sa mise en place, ce cadre a fait l’objet de critiques sur son manque de précision, rendant possible des communications marketing trompeuses.
En 2024, l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) est intervenue pour limiter certains abus : elle a demandé que les fonds utilisant des termes comme « ESG » ou « durable » dans leur dénomination excluent des entreprises qui retirent une part significative de leurs revenus du charbon thermique ou des hydrocarbures. Cette intervention montre que les régulateurs s’inquiètent aussi du phénomène — mais la portée exacte et le caractère contraignant de ces mesures varient selon les textes et leur transposition nationale.
Du côté des opposants à une exclusion totale, certains acteurs financiers et experts estiment que les règles doivent rester suffisamment flexibles pour permettre des stratégies de transition (par exemple le financement de projets de réduction des émissions dans des compagnies pétrolières) ou pour reconnaître des trajectoires de désinvestissement progressif. Le débat oppose donc crédibilité climatique stricte et approche pragmatique de la transition énergétique.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
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Reclaim Finance : ONG spécialisée dans la recherche et le plaidoyer sur la finance et le climat. Ses rapports sont généralement documentés et fondés sur des analyses de portefeuille et des données publiques. C’est une source d’expertise crédible sur les pratiques des investisseurs, mais il s’agit d’une organisation de plaidoyer — son discours est orienté vers la décarbonation rapide, ce qui n’exclut pas un biais de position.
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Notre affaire à tous : collectif français connu pour engager des actions juridiques climatiques. Fiable sur le plan juridique et des mobilisations publiques, il apporte une perspective de recours et d’obligation de conformité. Comme pour toute ONG engagée, son positionnement est revendicatif.
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Jean Jouzel : climatologue reconnu internationalement, qui a contribué aux évaluations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Sa crédibilité scientifique est élevée pour les questions de sciences du climat ; son intervention apporte un poids scientifique aux revendications, même si ses préconisations en matière de finance relèvent d’un champ d’expertise adjacent.
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ESMA : autorité européenne de régulation des marchés financiers. Institution publique et technique, ses orientations et décisions réglementaires ont un haut niveau de fiabilité et d’impact. Quand l’ESMA publie des lignes directrices, elles constituent un indicateur solide des attentes réglementaires, même si certains aspects peuvent nécessiter une mise en œuvre au niveau national.
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Globalement, les sources citées sont crédibles — mélange d’ONG spécialisées, d’expertise scientifique et d’autorité de régulation. Leur diagnostic converge sur un problème réel : l’opacité et l’hétérogénéité des pratiques ESG. Toutefois, la traduction en règles strictes soulève des questions techniques et politiques importantes qui nécessitent des analyses complémentaires (impact sur la transition, conséquences pour les investisseurs institutionnels, cohérence avec d’autres réglementations).
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Pour aller plus loin, il conviendra de suivre la révision du SFDR par la Commission européenne, les textes définitifs qui en découleront, et les réactions du secteur financier. Les documents publics d’ESMA et les rapports d’analyse des ONG cités sont des points d’entrée utiles pour vérifier les chiffres et comprendre les implications concrètes pour les portefeuilles.
L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.