À Téhéran commerçants du grand marché des téléphones et étudiants mobilisés contre la vie chère et la dépréciation du rial manifestations concentrées au centre et dans une dizaine d'universités
Depuis le 28 décembre, commerçants et étudiants manifestent à Téhéran contre l'inflation et la dépréciation du rial. Lire l'analyse.
Depuis le 28 décembre, un mouvement de mécontentement social a pris naissance à Téhéran, initialement porté par des commerçants du grand marché des téléphones portables, avant de s’étendre à des étudiants dans plusieurs universités du pays. Les revendications sont majoritairement économiques — lutte contre l’inflation et la chute du rial — mais des slogans politiques y ont également surgi, soulignant un mélange de frustrations sociales et de défiance envers le pouvoir.
Une colère d’abord économique, qui peut embrayer sur du politique
Les manifestants réclament une action immédiate pour stabiliser le taux de change et une stratégie économique claire, selon Ilna, un média proche des milieux ouvriers. L’élément moteur est notamment la forte dépréciation de la monnaie nationale : au marché informel, le rial a atteint des niveaux historiques (autour de 1,4 million de rials pour un dollar, selon les comptes rendus médiatiques), et le Centre de statistiques iranien a publié un chiffre d’inflation annuelle avoisinant les 52 % en décembre.
Cette situation provoque une paralysie des transactions pour certains biens importés, car vendeurs et acheteurs attendent une plus grande visibilité sur les prix. Dans ce contexte, des commerçants affirment n’avoir reçu aucun soutien de la part des autorités pour amortir l’impact des fluctuations du dollar, témoignages relayés par la presse iranienne.
Échelle et nature des rassemblements
À ce stade, les rassemblements restent pour l’essentiel concentrés dans le centre de Téhéran et numériquement limités par rapport aux grandes vagues de contestation qui ont secoué l’Iran récemment — notamment les manifestations de 2019, déclenchées par la hausse du prix de l’essence, et le mouvement plus large de 2022 après la mort de Mahsa Amini en détention. Toutefois, le passage d’un mouvement de commerçants à des protestations étudiantes, signalées dans au moins dix universités (dont plusieurs à Téhéran, Isfahan, Yazd et Zanjan), montre un potentiel de diffusion plus large.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, partagées notamment par l’activiste et journaliste Masih Alinejad, montrent des cortèges et des slogans hostiles au régime (« Mort au dictateur », « Liberté »). Ces éléments visuels, s’ils sont des indices précieux de mobilisation, nécessitent toujours une vérification de contexte et de date avant d’être interprétés comme l’exact reflet de l’ampleur nationale.
Les autorités ont répondu par un mélange d’annonce de mesures économiques, de logiques d’apaisement et de fermeté. Le président Massoud Pezeshkian a appelé à écouter les revendications légitimes et a demandé au ministère de l’Intérieur de dialoguer, tandis que le Parlement et le pouvoir judiciaire ont évoqué des mesures pour contrer les fluctuations monétaires et sanctionner des acteurs coupables de manipulations. Le gouvernement a aussi annoncé le remplacement du gouverneur de la Banque centrale et proposé des mesures fiscales temporaires en faveur des entreprises, et le budget 2026 présenté inclut une augmentation salariale programmée de 20 % — inférieure toutefois au taux d’inflation déclaré.
Parallèlement, les autorités ont rappelé leur détermination à empêcher toute politisation des rassemblements ou toute exploitation externe, avertissant que des actes perçus comme insécurité publique seraient réprimés. Les médias d’État ont aussi justifié des fermetures d’écoles et d’établissements publics par la vague de froid et des impératifs d’économie d’énergie, sans faire de lien officiel avec le mouvement social.
Perspectives et risques
Au regard des précédents, le risque d’escalade n’est pas négligeable : en 2019, des manifestations similaires à caractère économique se sont propagées à une centaine de villes et ont été sévèrement réprimées. Mais la trajectoire actuelle reste incertaine — dépendant à la fois de l’évolution de la situation économique (taux de change, approvisionnement, inflation) et de la capacité du pouvoir à offrir des réponses perçues comme crédibles par la population.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
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– AFP : agence internationale de presse reconnue pour sa rigueur factuelle et son réseau de correspondants ; source fiable pour des constatations de terrain et des recoupements.
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– Centre de statistiques d’Iran : organisme officiel fournissant des données économiques. Ses chiffres sont des références, mais ils doivent être lus en connaissance des méthodes et des limites propres aux comptes publics dans un contexte politique compliqué.
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– Ilna et Etemad : médias iraniens respectivement proches des milieux ouvriers et de la mouvance réformatrice. Utiles pour des témoignages locaux et des analyses internes, mais susceptibles d’avoir des angles éditoriaux spécifiques.
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– IRNA, Mehr : agences proches des autorités (IRNA est l’agence d’État) ; elles renseignent sur la communication officielle mais reflètent la perspective du pouvoir.
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– Le Figaro : quotidien internationalement établi mais avec une ligne éditoriale ; utile pour restituer des éléments et analyses, à recouper avec d’autres sources.
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– Masih Alinejad / publications sur X : apportent des contenus de première main (vidéos, témoignages) mais sont porteurs d’un engagement militant fort ; les images doivent être vérifiées indépendamment.
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Conclusion
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Le mouvement en cours en Iran est nourri d’un mélange de difficultés économiques aiguës et de tensions politiques latentes. Pour l’instant limité dans son périmètre, il comporte cependant des signaux d’extension (entrée des étudiants, propagation dans plusieurs villes) qui invitent à la prudence quant à son évolution. L’analyse des événements exige une lecture croisée des sources officielles, des médias locaux et des éléments visuels partagés en ligne, en tenant compte de leurs biais et limites respectifs.
L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.