Abou Mohammed al-Joulani : le leader de la coalition ayant renversé le régime en Syrie.
Abou Mohammed al-Joulani : portrait d’un chef rebelle controversé en Syrie
Entré dans Damas, il a interdit à ses combattants de « tirer en l’air » et d’approcher les institutions publiques. Une retenue étonnante chez un chef de guerre qui vient de mettre fin à un demi-siècle de dictature. Abou Mohammed al-Joulani est le leader islamiste à la tête de la coalition rebelle à l’origine d’une offensive fulgurante en Syrie. Meneur du groupe armé Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie, il s’était fixé comme but de renverser le président Bachar al-Assad.
En quelques années, Abou Mohammed al-Joulani est passé d’un vocabulaire fondamentaliste à une parole modérée. Un mouvement sincère ou opportuniste ? Cet homme grand et charpenté a aussi troqué le turban blanc des jihadistes dont il se coiffait au début de la guerre en 2011 pour un uniforme militaire, voire parfois pour un costume civil. Depuis la rupture avec Al-Qaïda en 2016, il tente de lisser son image et de présenter un visage plus modéré, sans forcément convaincre les analystes ou les chancelleries occidentales, qui classent HTS comme un groupe terroriste.
Né en 1982, Ahmed al-Chareh de son vrai nom a grandi dans une famille aisée à Mazzé, un quartier cossu de Damas. Il tient son nom de guerre « al-Joulani », du Golan, ce haut plateau dont sa famille a été chassée quand Israël a conquis la région en 1967. Selon le site Middle East Eye, c’est après les attentats du 11-Septembre aux États-Unis que « les premiers signes de jihadisme » apparaissent dans la vie d’Abou Mohammed al-Joulani. Après l’invasion américaine de l’Irak en 2003, il a rejoint le groupe Al-Qaïda en Irak d’Abou Moussab al-Zarkaoui, avant d’être emprisonné durant cinq ans.
Une évolution politique complexe
Après le début de la révolution contre Bachar al-Assad en 2011, il rentre en Syrie et fonde le Front al-Nosra, qui deviendra HTS. Deux ans plus tard, il refuse d’être adoubé par Abou Bakr al-Baghdadi, futur chef du groupe État islamique, et lui préfère l’émir d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri. Réaliste selon ses partisans, opportuniste selon ses adversaires, il affirme en 2015 ne pas avoir l’intention de lancer des attaques contre l’Occident, contrairement à l’État islamique. Lorsqu’il rompt avec Al-Qaïda, un an plus tard, il dit le faire pour « ôter les prétextes avancés par la communauté internationale » d’attaquer son organisation.
En janvier 2017, il impose aux rebelles radicaux du nord de la Syrie une fusion au sein du HTS. Il met en place une administration civile et multiplie les gestes envers les chrétiens dans la province d’Idleb (nord-ouest)