Burkina Faso suspend TV5 Monde pour 6 mois : une atteinte à la liberté d'expression ?
Le Burkina Faso suspend TV5 Monde pour six mois
Les autorités du Burkina Faso ont décidé, le mardi 18 juin, de suspendre la chaîne francophone TV5 Monde pour une durée de six mois, et de lui infliger une amende de 50 millions de francs CFA (environ 76 000 euros). Cette décision fait suite à la diffusion d’une émission abordant la situation sécuritaire dans le pays, que l’armée a qualifiée de colportage de « rumeurs » de « mutinerie » dans des casernes, une semaine après une attaque jihadiste meurtrière.
Cette suspension et cette amende ont été prononcées par le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso, qui a pointé du doigt une édition du journal datant du 17 juin dernier. Cette émission avait pour invité Newton Ahmed Barry, un journaliste et ancien président de la commission électorale du Burkina Faso de 2014 à 2021, connu pour ses critiques envers le régime militaire en place actuellement.
Le CSC a déclaré avoir relevé dans cette édition des « insinuations malveillantes, des propos tendancieux frisant la désinformation et des affirmations minimisant les efforts réalisés par les autorités de la transition, les forces de défense et de sécurité, ainsi que les habitants dans la reconquête du territoire national.
Une décision controversée dans un contexte de restrictions des médias
Il convient de noter que TV5 Monde avait déjà fait l’objet d’une suspension de deux semaines le 28 avril précédent, pour la diffusion d’un rapport de Human Rights Watch mettant en cause l’armée burkinabè pour des « exactions » contre des civils. En outre, son site internet ainsi que six autres sites d’informations avaient été suspendus « jusqu’à nouvel ordre » pour les mêmes raisons.
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en octobre 2022, plusieurs médias étrangers, principalement français, ont été suspendus de manière temporaire ou définitive au Burkina Faso. Cette décision du Conseil supérieur de la communication s’inscrit dans un contexte de restrictions croissantes de la liberté des médias dans le pays.
Cependant, il est important de souligner que cette mesure a suscité des réactions divergentes au sein de la population et de la communauté internationale, certaines voix dénonçant une atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d’expression.
Ainsi, la décision de suspendre TV5 Monde pour six mois et de lui infliger une amende s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les autorités burkinabè et les médias, mettant en lumière les enjeux liés à la liberté d’expression et au rôle des médias dans un contexte politique complexe.