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La justice française classe l'enquête sur une filiale du groupe Castel en Centrafrique après les accusations de The Sentry concernant un prétendu financement et soutien logistique aux milices

Le Pnat classe l'enquête sur une filiale de Castel, jugeant insuffisantes les preuves d'un financement milice allégué par le rapport de The Sentry.

La justice française a décidé de classer l’enquête visant une filiale centrafricaine du groupe Castel, soupçonnée d’avoir facilité le financement de milices pendant des violences en Centrafrique. Après près de quatre ans d’investigations préliminaires, le Parquet national antiterroriste (Pnat) a estimé que les infractions étaient « insuffisamment caractérisées », a-t-il confirmé le mercredi 22 avril.

Chronologie des faits et de l’enquête

Le dossier remonte à la publication, en août 2021, d’un rapport de l’ONG The Sentry qui accusait une filiale de Castel d’avoir soutenu financièrement des groupes armés en Centrafrique pour sécuriser ses installations. À la suite de ce rapport, le Pnat a confié, en juin 2022, les investigations à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité.

L’enquête portait principalement sur Sucaf RCA, filiale de Somdia, elle-même contrôlée à 87 % par le groupe Castel. Selon The Sentry, Sucaf RCA aurait négocié un « arrangement sécuritaire » avec l’Unité pour la paix en Centrafrique — un groupe armé accusé d’exactions — pour garantir la protection de son usine et des champs de canne à sucre et, d’après l’ONG, préserver le monopole de la société dans la région.

Le rapport alléguait que, en retour, Sucaf RCA aurait mis en place « un système sophistiqué et informel » de financement des milices, combinant paiements directs et indirects en espèces et soutiens en nature (entretien de véhicules, fourniture de carburant). Ces éléments ont motivé l’ouverture d’investigations judiciaires qui se sont poursuivies pendant plusieurs années.

Positions des parties et réactions

Après le classement de l’enquête en février, les avocats de Somdia et de son ex-dirigeant Alexandre Vilegrain ont dit « accueillir avec satisfaction » la décision, tout en prenant soin de ne pas s’en « réjouir ». Dans leur déclaration, ils ont souligné l’impact économique et social de la fermeture de l’usine de Ngakobo, qu’ils décrivent comme une « catastrophe pour ses habitants » et une perte affectant « des milliers de vies ».

De leur côté, les avocates de The Sentry ont exprimé leur désaccord avec le classement, jugeant qu’il « révèle les limites de cette enquête ». Depuis le début de l’affaire, la défense avait critiqué le rapport de l’ONG, suggérant que ses conclusions présentaient des carences et laissant entendre que l’organisation aurait pu être manipulée pour servir des intérêts russes — une allégation que The Sentry conteste fermement.

La directrice exécutive de The Sentry, Justyna Gudzowska, a confirmé auprès de l’AFP le maintien des conclusions de son organisation et assuré qu’elle n’agit « au nom d’aucun gouvernement ni d’aucun acteur extérieur ». Le Pnat, instance judiciaire compétente en matière de crimes contre l’humanité en France, a pour sa part statué sur la base des éléments collectés lors de l’enquête préliminaire, estimant leur caractère insuffisant pour poursuivre.

Relevé · Fiabilité des sources citées

Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.

  1. Le dossier s’appuie principalement sur deux types d’acteurs : une ONG d’investigation internationale, The Sentry, et le Parquet national antiterroriste, autorité judiciaire française.

  2. The Sentry est présentée dans l’article comme une ONG spécialisée dans la traque des flux financiers illicites. Son rapport a déclenché les investigations et contient des allégations précises sur des paiements et des prestations en nature. En tant qu’organisation non étatique, ses travaux peuvent être puissants pour orienter les enquêtes, mais ils reposent sur des méthodes d’enquête propres et des sources variées ; leurs conclusions peuvent être contestées par les parties mises en cause et doivent, en droit, être confirmées par des éléments judiciaires directs pour déboucher sur des poursuites.

  3. Le Parquet national antiterroriste est, quant à lui, une autorité judiciaire officielle compétente pour traiter les dossiers de crimes contre l’humanité. Sa décision de classement signale que, au terme de l’instruction préliminaire menée par l’Office central compétent, les magistrats n’ont pas estimé les éléments suffisants pour caractériser des infractions pénales de la nature alléguée. Le Pnat bénéficie d’une forte légitimité procédurale, même si un classement ne clôt pas nécessairement le débat politique ou moral soulevé par le rapport initial.

  4. En résumé, le rapport de The Sentry a une valeur d’alerte et a servi de déclencheur d’enquête ; il est pertinent mais, comme tout document d’ONG, demande corroboration judiciaire. Le Pnat, en tant qu’autorité judiciaire, fonde sa décision sur l’examen des éléments réunis dans le cadre de l’enquête ; son classement traduit un insuffisance de preuves pénales au regard des accusations portées.

  5. La controverse entre la force probante d’un rapport d’ONG et l’exigence de preuve au stade judiciaire reste au cœur de cette affaire, qui illustre les difficultés à traduire certaines allégations en poursuites pénales internationales, surtout lorsque des acteurs privés et des zones de conflit sont impliqués.

L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.

La rédaction de Commons

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