Procès Lafarge Holcim à Paris pour financement du terrorisme et violation dembargo en Syrie accusé davoir versé des millions à lEtat islamique et autres factions pour maintenir la cimenterie de Jalabiya huit anciens responsables jugés
À Paris, Lafarge/Holcim et huit anciens responsables jugés pour des paiements à l'EI et d'autres factions entre 2013 et 2014.
Un géant du ciment jugé pour avoir alimenté des groupes jihadistes ? Le procès du groupe Lafarge — aujourd’hui partie de Holcim — et de huit anciens responsables s’ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris pour « financement d’entreprise terroriste » et violation de sanctions internationales. Les juges doivent déterminer si, entre 2013 et 2014, des paiements et relations commerciales de la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie, ont servi à alimenter l’organisation État islamique (EI) et d’autres factions armées, afin de maintenir l’activité de l’usine en pleine guerre civile. Le procès, qui doit durer jusqu’au 9 décembre, s’inscrit dans une affaire juridiquement et symboliquement inédite pour une grande entreprise française.
Les faits reprochés et le chemin de l’enquête
En 2008, Lafarge avait acquis la cimenterie de Jalabiya, un investissement majeur en Syrie, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS). Lorsque la guerre civile a éclaté après la répression de 2011, la plupart des multinationales ont quitté le pays. Lafarge a évacué ses expatriés en 2012 mais maintenu l’activité locale jusqu’en septembre 2014, date à laquelle l’EI a pris le contrôle du site.
Les magistrats instructeurs reprochent au groupe et à certains responsables d’avoir versé plusieurs millions d’euros à des groupes armés — notamment sous forme de « droits de passage », de dons mensuels, ou par des achats de matières premières — pour garantir la circulation du personnel et des matières premières sur des axes contrôlés par ces groupes. Or, l’Union européenne avait interdit toute relation financière ou commerciale avec l’EI depuis le 28 juin 2013. Sur la base de ces éléments, le ministère des Finances a porté plainte en septembre 2016 ; des associations et d’anciens salariés syriens ont engagé des poursuites parallèles pour financement du terrorisme.
Les juges d’instruction estiment que ces pratiques s’inscrivaient « dans une logique de recherche de profits » et auraient pu être interrompues à plusieurs moments, alors que des demandes financières explicites émanaient des groupes armés. Parallèlement, un volet distinct, portant sur une mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, reste en instruction et fera l’objet d’un procès aux assises ultérieurement.
Les prévenus, la défense et les décisions internationales
Outre la personne morale, huit personnes physiques comparaissent : d’anciens dirigeants (dont les ex-PDG et directeurs opérationnels), des responsables de la sécurité sur place et des intermédiaires syriens. Certains contestent avoir été informés ou avoir autorisé les paiements litigieux. Lafarge et, après 2015, Holcim ont défendu la gestion d’un contexte extrêmement périlleux et imprévisible, arguant de difficultés de communication sur le terrain et de la fermeture effective de l’usine en 2014.
Par ailleurs, une procédure aux États‑Unis s’est soldée en 2022 par un plaider-coupable de Lafarge SA pour avoir versé, selon l’accusation américaine, près de 6 millions de dollars à l’EI et à Jabhat al-Nosra, assorti d’une sanction financière d’environ 778 millions de dollars. Cette décision — publique et fondée sur des documents judiciaires américains — est utilisée par les juges français comme élément probatoire, mais elle est contestée par plusieurs prévenus qui dénoncent son impact sur la présomption d’innocence.
À la date d’ouverture du procès, 241 parties civiles s’étaient constituées, parmi lesquelles des ONG (Sherpa, ECCHR), des syndicats, d’anciens employés syriens et des associations de défense des droits. Les plaintes visent aussi à faire entendre les témoignages d’anciens salariés sur les conditions de travail, les menaces et les enlèvements subis.
La peine encourue pour la personne morale pour financement du terrorisme peut atteindre environ 1,125 million d’euros ; la violation d’un embargo européen est susceptible d’entraîner une sanction financière bien plus lourde, calculée en fonction du préjudice retenu par la justice.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
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– Agences de presse (AFP) et médias nationaux (Le Monde, Franceinfo) : sources d’information reconnues, soumises à des standards journalistiques élevés ; elles rapportent des éléments d’enquête et des extraits de pièces judiciaires, mais restent dépendantes de l’accès aux documents et aux témoignages disponibles.
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– Documents judiciaires et décisions étrangères (tribunaux américains, ministère de la Justice US) : hautement fiables pour ce qu’ils consignent (plaider-coupable, amendes, actes d’accusation). Ils constituent des pièces publiques que les magistrats peuvent exploiter dans l’instruction.
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– Organisations non gouvernementales (Sherpa, ECCHR) et parties civiles : crédibles et spécialisées dans la défense des victimes et le droit pénal des entreprises ; elles apportent des enquêtes et des témoignages précieux, mais s’expriment aussi dans un rôle d’accusateur et de plaidoyer.
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– Communiqués et enquêtes internes de Lafarge/Holcim : documents primaires indispensables pour comprendre la position de l’entreprise, mais intrinsèquement partis pris (défense et protection des intérêts de l’entreprise). Leur portée probante est examinée par les juges en regard d’autres éléments indépendants.
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Ce procès posera des questions lourdes de conséquences : jusqu’où la recherche du maintien d’une activité commerciale peut-elle exonérer une entreprise de responsabilité pénale quand elle entre en relation avec des groupes armés ? Le tribunal aura à trancher en s’appuyant sur des pièces judiciaires, audits et témoignages qui, ensemble, éclaireront la portée des choix opérés à Jalabiya.
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