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Répression LGBT en Turquie : plus de 80 personnes placées en détention après une vaste vague d’arrestations

Répression LGBT Turquie : plus de 80 personnes sont détenues, tandis que les associations et la communauté internationale dénoncent l’opération.

Une vaste opération visant la communauté LGBT+

Les autorités turques ont lancé dimanche une nouvelle vague d’arrestations visant des personnes LGBT+ ainsi que des militants et des organisations qui défendent leurs droits. Menée dans plusieurs villes du pays, l’opération a conduit à la mise en détention provisoire de plus de 80 personnes, selon l’organisation Kaos GL, l’une des principales associations turques de défense des droits LGBT+, elle-même ciblée par les perquisitions.

Le ministre turc de la Justice, Akin Gürlek, a annoncé l’ouverture de poursuites contre 162 suspects, neuf associations et treize entreprises dans quinze provinces. Les autorités présentent cette opération, baptisée « Ma famille est en sécurité », comme une mesure destinée à « protéger les enfants, l’institution familiale et l’ordre social ». Elle s’inscrit dans le cadre de la « décennie de la famille » proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan.

Selon les informations rapportées par La Croix, cette politique vise officiellement à relancer la natalité, mais elle s’accompagne aussi d’attaques répétées contre les personnes LGBT+. Le chef de l’État turc les a régulièrement qualifiées de « perverses ». L’homosexualité et la transidentité ne sont pas, en tant que telles, pénalement interdites en Turquie. Toutefois, les personnes concernées font face à une forte stigmatisation, à des discriminations persistantes et à une pression croissante des autorités.

Amnesty International a dénoncé une répression qui, selon l’organisation, ne serait pas liée à la protection des familles, mais viserait à accroître les atteintes aux droits d’une communauté déjà confrontée à plusieurs décennies de discrimination et d’intimidation. Les perquisitions auraient notamment été menées dans des bars gays et au domicile de militants. Les chefs d’accusation évoqués comprennent notamment « l’obscénité », « l’aide à la prostitution » ou encore des liens financiers présumés avec l’étranger.

Plus de 80 personnes placées en détention provisoire

À Istanbul, 33 personnes arrêtées dimanche ont comparu mercredi devant un tribunal. Vingt d’entre elles ont été incarcérées, tandis que les treize autres ont été libérées sous conditions, selon Kaos GL. Au moins neuf des personnes emprisonnées représentaient des organisations LGBT+.

À Ankara, l’association de défense des droits humains MLSA a fait état de treize incarcérations dès mardi soir. Parmi les personnes concernées figuraient sept membres de Kaos GL, cinq personnes transgenres et une journaliste. À Mersin, dans le sud du pays, 28 personnes arrêtées dimanche ont également été placées en détention provisoire, d’après l’agence de presse privée DHA. La veille, 21 personnes avaient été incarcérées à Izmir et Aydin, dans l’ouest de la Turquie. La plupart étaient accusées d’« obscénité », une qualification fréquemment utilisée dans les procédures visant la communauté LGBT+.

La répression s’est poursuivie autour des tribunaux. Mardi, une centaine de manifestants ont été arrêtés devant le palais de justice de Çağlayan, à Istanbul, alors qu’ils réclamaient la libération des détenus. Deux journalistes, employés du quotidien turc BirGün et de la chaîne publique allemande ARD, ont également été interpellés alors qu’ils couvraient le rassemblement, selon le Syndicat des journalistes de Turquie.

À Ankara, jusqu’à 300 militants se sont réunis mardi soir. Une députée du parti prokurde DEM a affirmé que vingt personnes avaient été arrêtées. Les 106 manifestants interpellés la veille à Istanbul, parmi lesquels figuraient les deux journalistes, ont finalement été libérés mercredi, d’après l’Association des avocats progressistes.

Des restrictions numériques et des condamnations internationales

Parallèlement aux arrestations, les restrictions contre les organisations et les militants se sont étendues en ligne. L’association turque pour la liberté d’expression Ifod a signalé le blocage de comptes appartenant à des associations LGBT+, à des défenseurs des droits humains, à des journalistes de gauche, à un média socialiste et à deux fédérations de groupes de femmes. Les comptes d’Amnesty International ont également été concernés.

Cette opération intervient environ deux mois après l’arrestation d’une cinquantaine de personnes lors de la Marche des fiertés d’Istanbul. Elle a suscité de vives critiques de l’opposition turque. Le Nouveau Parti a dénoncé l’utilisation de la justice comme un instrument de punition fondé sur l’orientation sexuelle. Le DEM a estimé que le discours de paix ne pouvait être associé à la répression.

La députée de gauche Sevda Karaca a déclaré à La Croix que le pouvoir chercherait non seulement à faire taire certaines associations, mais aussi à désigner les personnes LGBT+ comme des ennemis afin de préparer une répression plus large. L’Union européenne et le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, ont également condamné ces mesures. Ce dernier a rappelé que la référence aux « valeurs familiales » ou à la « protection des enfants » ne pouvait justifier des restrictions aux droits humains.

Fiabilité des sources : les déclarations du ministère turc de la Justice constituent une source officielle, mais reflètent la position des autorités. Les chiffres concernant les arrestations reposent principalement sur Kaos GL, MLSA, l’Association des avocats progressistes, Ifod et le Syndicat des journalistes de Turquie : ces organisations sont directement engagées sur les questions de droits humains et peuvent être considérées comme des sources spécialisées, même si certaines sont elles-mêmes visées par l’opération. Les informations de DHA proviennent d’une agence de presse privée. La Croix apporte un éclairage journalistique et cite notamment des acteurs politiques et associatifs. La diversité de ces sources permet de recouper les faits, mais certains bilans restent susceptibles d’évoluer au fil des décisions judiciaires.

La rédaction de Commons

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