Espionnage de masse en Jordanie grâce au logiciel Pegasus, révèle une ONG
Des dizaines de journalistes et de militants ont été surveillés en Jordanie depuis quatre ans grâce au logiciel espion Pegasus, révèle une enquête publiée par l’ONG Access Now, en collaboration avec le Citizen Lab de l’Université de Toronto (Canada). Depuis 2019, au moins 35 citoyens jordaniens, ainsi que des avocats et des journalistes, ont été ciblés par Pegasus.
Le logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO, est capable d’accéder au microphone, à la caméra et aux fichiers d’un téléphone. Il a été au centre d’un scandale révélé en 2021 par un consortium de médias internationaux. Bien que l’enquête d’Access Now ne mentionne pas explicitement la responsabilité de l’État jordanien dans ces opérations d’espionnage, l’ONG souligne que la Jordanie a intensifié sa répression des droits des citoyens, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression, d’association et de réunion.
Parmi les personnes ciblées figure le journaliste américo-palestinien Daoud Kuttab, dont le téléphone a été infecté par Pegasus à trois reprises. Kuttab déclare que le risque le plus important est que ses sources soient dévoilées. Il souligne que la plupart des journalistes travaillant au Moyen-Orient s’attendent à être surveillés.
Selon Access Now, la majorité des cas d’espionnage découverts en Jordanie se sont produits entre début 2020 et fin 2023, et seraient liés, dans une certaine mesure, à une grève des enseignants en 2019 dans le pays. Cette mobilisation avait entraîné l’arrestation de centaines d’enseignants. À l’époque, les médias avaient révélé la surveillance de centaines de personnes dans le monde, dont des journalistes et des membres du gouvernement français, pour le compte d’une dizaine d’États.
Il est important de mentionner que NSO, la société derrière Pegasus, a déjà été critiquée pour l’utilisation de son logiciel à des fins de surveillance abusive. Le gouvernement israélien a également été sous les feux des projecteurs, certains accusant les autorités de ne pas réglementer suffisamment les utilisations potentiellement abusives de tels logiciels.
L’espionnage de journalistes et de militants a des conséquences graves pour la liberté de la presse et les droits de l’homme en général. La surveillance incessante des communications prive les individus de leur droit à la vie privée et à la liberté d’expression. Cela crée également un climat de peur qui limite la capacité des journalistes à faire leur travail en toute indépendance.
Cette enquête souligne la nécessité pour les gouvernements de faire preuve de transparence et de responsabilité dans l’utilisation de logiciels d’espionnage comme Pegasus. Des mécanismes de réglementation plus stricts sont nécessaires pour empêcher les abus et protéger les droits fondamentaux des individus. Il est également impératif que les entreprises technologiques examinent attentivement la manière dont leurs produits peuvent être utilisés, afin de ne pas contribuer à la violation des droits de l’homme.
En conclusion, l’enquête menée par Access Now et le Citizen Lab met en évidence l’espionnage de journalistes et de militants en Jordanie par le