Sophie Binet réélue secrétaire générale de la CGT pour trois ans au 54e congrès de Tours avec un rapport adopté à 81% marquant une phase d'apaisement après 2023 et des priorités sur la lutte contre l'extrême droite, l'égalité et la solidarité internationale
Sophie Binet réélue à la tête de la CGT; le rapport adopté à 81% et le syndicat affiche ses priorités contre l'extrême droite et pour l'égalité.
Seule candidate déclarée, Sophie Binet a été réélue secrétaire générale de la CGT pour un nouveau mandat de trois ans, selon l’annonce faite à l’issue du 54e congrès confédéral qui s’est tenu à Tours. Le vote, organisé vendredi 5 juin, a sanctionné le rapport d’activité de la direction sortante et marqué, selon la direction, un retour à une phase d’apaisement après les tensions internes ayant suivi le congrès de 2023.
Un congrès placé sous le signe de la reconstruction
La réélection de Sophie Binet intervient dans un contexte de recomposition interne : seule candidate officiellement déclarée, elle a souligné la portée collective de cette victoire en rendant hommage à la commission exécutive sortante. « C’est toujours celui qui rassemble qui gagne », a-t-elle déclaré après le vote, soulignant que le travail de rassemblement avait permis d’éviter les crises les plus aiguës observées lors du précédent congrès, qualifié par certains membres de « sportif » et ayant failli amener la confédération à l’implosion.
Le rapport d’activité présenté par la direction a été adopté à 81% des voix, un contraste net avec 2023 où le rapport de la direction menée alors par Philippe Martinez avait été rejeté. Le document met en avant la mobilisation contre la réforme des retraites — décrite comme « la plus longue mobilisation unitaire de l’histoire sociale » — et l’a replacée comme un élément central qui a remis les syndicats sur le devant de la scène. Il note toutefois les difficultés persistantes pour organiser et étendre la grève, signalant que la reprise d’un rapport de forces durable reste un chantier ouvert pour la confédération.
Enjeux politiques et priorités programmatiques
Le mandat qui débute se déroulera dans un paysage politique national déjà tourné vers l’élection présidentielle de 2027. Sophie Binet a annoncé vouloir faire entendre la voix de la CGT dans ce débat, en insistant notamment sur l’opposition au RN et sur la nécessité, selon elle, de contrer la progression de l’extrême droite. Le congrès a été l’occasion d’expressions fortes en ce sens : des délégations étrangères et des syndicalistes venus du monde entier ont pris la parole pour témoigner d’une volonté commune de s’unir face aux risques d’un repli identitaire et nationaliste au plan international.
Par ailleurs, le congrès a affiché un soutien affiché à la cause palestinienne, avec la présence de l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, qui a été invitée à intervenir. Ces prises de position témoignent de la volonté de la CGT d’articuler ses luttes sociales avec des engagements internationaux et géopolitiques, en élargissant sa palette d’intervention au-delà des seuls conflits sociaux domestiques.
Sur le plan des droits et de l’égalité, la confédération — qui se revendique féministe — a voté l’intégration dans ses statuts d’un cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles. Il s’agit d’ancrer dans le « patrimoine » statutaire les règles adoptées en 2023, lesquelles privilégient la « présomption de sincérité » des victimes, selon les propos rapportés de Myriam Lebkiri, membre de la commission exécutive confédérale. Ce choix illustre la volonté de la CGT de formaliser des pratiques de prévention et de traitement des violences au sein de l’organisation.
En résumé, ce 54e congrès apparaît comme un moment de stabilisation pour la CGT : un exécutif réélu, un rapport d’activité soutenu massivement, et des orientations marquées vers l’action politique et la défense des droits. Restent les défis opérationnels — redonner de la force aux mobilisations et transformer l’unité affichée en capacités d’action durables — qui constitueront la feuille de route du nouveau mandat.
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