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Le pluralisme en danger

Politique

Contre la droite, le barrage à tout prix ?

Faire barrage à la droite est-il devenu un objectif qui prime sur tout débat ? Cette tribune interroge les limites du barrage démocratique et le risque de sacrifier le pluralisme au nom de la défense des institutions.

Remettre en question le droit du premier parti de France à s’exprimer dans les médias. Voir la participation de la favorite à la présidentielle suspendue à une bataille judiciaire. Célébrer la victoire de Lula au Brésil comme celle de « la démocratie », alors que près de 60 millions d’électeurs ont choisi son adversaire et que la réélection du président suscite des doutes. Trois séquences qui révèlent une tentation : ne plus seulement combattre la droite dans les urnes, mais contester sa légitimité démocratique. Au nom de la protection des institutions, serait-on en train de fragiliser ce qui en constitue le fondement : le pluralisme ?

« Bien sûr » : la réponse qui en dit long

Dimanche 25 octobre, sur LCI, Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, se dit favorable à priver de temps de parole les représentants du Rassemblement national tenant des propos racistes. Relancé sur une éventuelle interdiction de parole publique du RN dès à présent, il tranche : « Bien sûr ».

Le RN est le premier parti de France aux élections européennes de 2024. Selon la dernière enquête Ipsos, Marine Le Pen rassemblerait entre 32 % et 33,5 % des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle. Est-il dès lors envisageable de réduire au silence une formation que près d’un électeur sur trois dit soutenir ?

Les injures racistes et l’incitation à la haine sont déjà punies par la loi. Sanctionner des propos précis est une chose ; vouloir bâillonner une formation politique en est une autre. Le 24 octobre, Bally Bagayoko dénonçait pourtant sans difficulté une autre forme de censure : les interdictions de manifester. « Interdire les mobilisations, c’est taire les revendications », affirmait-il. La liberté serait-elle donc à géométrie variable ?

Marine Le Pen : une candidature suspendue à la justice

L’autre bataille se joue dans les tribunaux. Condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen a vu, en juillet, sa peine d’inéligibilité ramenée en appel à quinze mois ferme, réputés déjà exécutés au titre de l’exécution provisoire de première instance. Le pourvoi en cassation de la candidate du RN ouvre pourtant une période d’incertitude.

Dans Le Monde du 27 octobre, Didier Guérin, ancien haut magistrat de la Cour de cassation, estime qu’elle demeure inéligible pendant l’examen du recours et pourrait le rester si l’arrêt d’appel était cassé. Le procureur général près la Cour de cassation défend une autre interprétation. Qui a raison et qui décidera ? Le sort de Marine Le Pen pourrait, en dernier ressort, être tranché par le Conseil constitutionnel lorsqu’il établira la liste officielle des candidats. Dans le cas – encore très hypothétique – où son inéligibilité devait être constatée aussi tardivement, une candidature de substitution serait-elle encore possible ? Face à cet imbroglio, Marine Le Pen a saisi le Conseil supérieur de la magistrature.

Nul n’est au-dessus des lois, et la culpabilité de la candidate du RN a été confirmée en appel. Est-il néanmoins sain que sa participation dépende d’une controverse juridique susceptible de se dénouer à quelques jours du scrutin ? La justice doit sanctionner les faits, pas donner le sentiment qu’elle joue avec le casting électoral.

L’internationale du « bon » vainqueur

Le 25 octobre, Lula a été réélu avec 51,79 % des suffrages contre 48,21 % à Flávio Bolsonaro. Un renversement inattendu puisque ce dernier était arrivé en tête du premier tour et demeurait en position favorable dans plusieurs enquêtes d’opinion. Lula a gagné plus de dix millions de voix entre les deux tours. Un transfert électoral considérable dont les ressorts précis mériteront d’être analysés.

La fin du vote a été marquée par une décision contestée du juge Cristiano Zanin, ancien avocat personnel de Lula, prolongeant le scrutin dans les bureaux encore ouverts, une décision vivement contestée par le camp Bolsonaro.

Dès le lendemain, les félicitations ont afflué. Ursula von der Leyen a célébré la victoire de « la démocratie et du multilatéralisme ». Emmanuel Macron a salué Lula. Pedro Sánchez y a vu la « remontada du progressisme mondial ». Jean-Luc Mélenchon a applaudi la défaite de « l’extrême droite ». Lula lui a d’ailleurs répondu sur X : « Merci pour ton affection, camarade Mélenchon ».

Qu’un chef d’État félicite un élu est normal. Mais pourquoi faire comme si la démocratie avait gagné uniquement parce que Lula l’a emporté ? Macron et von der Leyen ne sont pas d’extrême-gauche. Pourtant, du centre à la gauche radicale, une même logique de barrage semble parfois tenir lieu de projet : empêcher plutôt que convaincre.

À 81 ans, Lula repart pour un quatrième mandat. En France, la gauche se prépare à affronter une droite dominante dans les enquêtes d’opinion. La tentation est grande, lorsque le sort dans les urnes paraît défavorable, de déplacer la bataille vers les médias, les tribunaux ou les institutions.

Nul besoin d’imaginer un complot pour voir le danger : à force de vouloir protéger la démocratie contre ses adversaires, ne finit-on pas par réserver le droit de gagner aux seuls candidats jugés acceptables ? Et par qui ?

La rédaction de Commons

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