Décès en prison et en psychiatrie : le CGLPL alerte sur le manque de données et les défaillances de prise en charge
Décès en prison : le CGLPL alerte sur le manque de transparence, les suicides et les défaillances d’accès aux soins.
Plusieurs centaines de personnes meurent chaque année dans les lieux de privation de liberté en France, mais le nombre exact de ces décès demeure impossible à établir avec précision. Dans deux avis publiés au Journal officiel le 25 septembre 2026, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, dénonce des lacunes persistantes dans le recensement, la prévention et la prise en charge de ces morts.
Des données incomplètes selon la Contrôleuse générale
Le CGLPL estime que les décès survenant en prison, dans les locaux de police ou de gendarmerie, dans les centres de rétention administrative et dans les établissements psychiatriques ne font pas l’objet d’une remontée suffisamment homogène. Les informations disponibles ne seraient donc « ni complètement connues, ni rendues publiques », faute de traçabilité et de coordination entre les administrations concernées.
Dominique Simonnot demande que chaque ministère établisse un recensement régulier, détaillé et accessible des décès intervenus dans les lieux placés sous sa responsabilité. L’objectif est notamment de pouvoir identifier les circonstances des morts, les éventuels facteurs de risque et les défaillances dans la surveillance ou l’accès aux soins.
La principale zone d’ombre concerne la psychiatrie. Selon le CGLPL, le ministère de la Santé n’est pas en mesure de fournir le nombre de patients décédés pendant ou à l’issue d’une hospitalisation complète sans consentement. L’institution relève aussi des situations dans lesquelles des personnes seraient mortes alors qu’elles se trouvaient en isolement, parfois attachées, sans surveillance ou traçabilité suffisante.
Deux décès présentés comme inexpliqués n’auraient par ailleurs donné lieu à aucune autopsie. Pour la Contrôleuse générale, cette absence d’examen peut empêcher de déterminer les causes précises de la mort et de repérer d’éventuelles erreurs ou pratiques dangereuses.
Le suicide demeure un risque majeur en détention
Les données communiquées par le ministère de la Justice font état de 275 décès en détention en 2025. Parmi eux, 136 seraient dus à des suicides, soit près de la moitié du total. Le ministère ne distingue toutefois pas, dans les chiffres cités, la part des femmes et des mineurs.
Le taux de suicide en prison reste supérieur à la moyenne européenne. D’après l’étude SPACE du Conseil de l’Europe mentionnée dans l’article, il s’établit à 19,4 pour 10 000 détenus en France, contre une médiane européenne de 7,3. La chancellerie indique que cet indicateur, relativement stable depuis quinze ans entre 15 et 20 pour 10 000, aurait légèrement diminué en 2024 et en 2025.
La Direction générale de l’administration pénitentiaire affirme mener une réflexion sur la prévention du risque suicidaire. Cette démarche doit aboutir à des recommandations, mais le calendrier de leur publication n’est pas précisé. Le CGLPL appelle, de son côté, à une politique reposant sur des données complètes et analysées de manière systématique.
La surpopulation carcérale constitue un autre facteur d’inquiétude. Entre 2022 et avril 2026, 24 détenus auraient été tués par des codétenus dans des établissements décrits comme sur-occupés. Le CGLPL pointe également les difficultés d’accès aux soins pour les personnes gravement malades : jusqu’à un tiers des extractions médicales programmées seraient annulées en raison de l’absence d’escorte.
Des décès également recensés dans les locaux de police et en rétention
Le ministère de l’Intérieur a pour sa part comptabilisé 14 morts en 2024 dans les locaux de police, de gendarmerie et les centres de rétention administrative, contre quatre en 2023. Aucun décès n’aurait été enregistré entre janvier et août 2025, selon les éléments rapportés dans l’article d’origine.
La Contrôleuse générale recommande enfin de mettre un terme à la contention en psychiatrie sans attendre l’échéance de 2030 fixée par le gouvernement. Elle estime que le recours à l’isolement et aux attaches peut exposer les patients à des risques particuliers lorsqu’il n’est pas strictement surveillé et documenté.
Une source institutionnelle solide, mais des chiffres à contextualiser
La source principale de l’article est le CGLPL, une autorité indépendante chargée de contrôler les lieux de privation de liberté. Ses avis constituent une source institutionnelle de premier niveau pour décrire les constats de terrain et les recommandations formulées aux pouvoirs publics. Le Journal officiel renforce également la traçabilité de ces documents.
Les chiffres attribués aux ministères de la Justice et de l’Intérieur sont également issus de sources administratives, mais ils doivent être lus avec prudence : les périodes de référence ne sont pas toujours identiques et certaines catégories, notamment les patients hospitalisés sans consentement, ne sont pas recensées de façon exhaustive. Quant à l’étude SPACE du Conseil de l’Europe, elle offre un cadre comparatif reconnu, mais ses résultats dépendent des données transmises par chaque administration nationale. L’ensemble apparaît donc fiable pour documenter les tendances et les carences, sans permettre d’affirmer que le bilan national des décès est aujourd’hui complet.