Mis en examen à 79 ans pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs entre 1967 et 2022, un homme écroué déclenche un appel à témoins après une enquête internationale fondée sur une clé USB et 150 auditions
Enquête basée sur une clé USB, 150 auditions et 40 victimes identifiées : un homme de 79 ans mis en examen. Appel à témoins lancé.
Un homme de 79 ans a été mis en examen et écroué en 2024 pour des viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs entre 1967 et 2022, a annoncé le procureur de Grenoble le 10 février. Le dossier, rendu public par une conférence de presse du procureur Etienne Manteaux, a déclenché un appel à témoins afin de permettre à d’éventuelles autres victimes de se manifester. Selon le magistrat, près de 150 personnes ont été entendues depuis l’ouverture de l’information judiciaire, aboutissant à l’identification d’une quarantaine de victimes dont la plupart ont déposé plainte.
Les éléments matériels cités par le parquet
L’enquête repose en partie sur une clé USB découverte par le neveu du mis en examen, qui s’interrogeait sur la vie affective et sexuelle de son oncle. Le procureur a qualifié ce document de «matière très dense» : il contiendrait quinze tomes écrits par le septuagénaire, évoquant des «rapports sexuels» avec des mineurs âgés de 13 à 17 ans et permettant d’établir un chiffrage à 89 victimes. Au cours de l’instruction, l’homme — identifié par le parquet comme Jacques Leveugle — aurait aussi reconnu des actes de violence mortelle commis dans sa famille, en l’occurrence l’étouffement à l’aide d’un coussin de sa mère dans les années 1970 et, plus tard, de sa tante dans les années 1990.
Les faits allégués se seraient déroulés dans neuf pays différents — Allemagne, Suisse, Maroc, Niger, Algérie, Philippines, Inde, Colombie et Nouvelle-Calédonie — lieux liés à des périodes où l’intéressé exerçait notamment comme éducateur. La multiplicité des pays mentionnés complique naturellement l’investigation : elle soulève des enjeux de coopération internationale, de preuve et de prescription pénale pour des faits anciens.
Ce que disent les auditions et les plaintes
Parmi les quelque 150 auditions, les enquêteurs ont pu identifier environ quarante victimes. Le parquet précise que «la plupart ont déposé plainte», mais que «peu se sont constituées parties civiles». Cette formulation traduit la réalité procédurale : déposer plainte déclenche l’action publique, tandis que la constitution de partie civile engage la victime dans la procédure civile et lui donne des droits propres au sein de l’instruction (par exemple la possibilité de demander des expertises). Le faible nombre de constituantes civiles peut tenir à des facteurs multiples — traumatisme, difficulté à se constituer partie civile, crainte ou épuisement psychologique — et n’invalide pas la portée pénale des plaintes déposées.
La mise en examen, rappelons-le, est une décision du juge d’instruction qui signifie qu’il existe des indices graves ou concordants laissant penser que la personne a pu commettre les infractions qui lui sont reprochées ; ce n’est pas une condamnation. L’écrouement traduit une mesure de détention provisoire prise dans le cadre de l’instruction.
Relevé · Fiabilité des sources citées
Chaque article de Commons se termine par cet examen. Il porte sur les sources citées dans le texte et vous permet de juger sur pièce.
-
– Déclarations du procureur (Etienne Manteaux) : source officielle et généralement fiable pour l’état de l’enquête au moment de la communication. Les éléments donnés lors d’une conférence de presse reflètent l’avancement de l’instruction mais peuvent évoluer ; il s’agit d’informations émanant de l’autorité judiciaire et non d’analyses définitives.
-
– Clé USB et écrits du mis en examen : ces documents constituent des éléments matériels précieux et potentiellement auto-incriminants. Leur force probante dépendra de la vérification de leur authenticité, de la possibilité de recouper les allégations avec d’autres preuves (témoignages, pièces administratives, traces de voyages, correspondances) et de l’appréciation par l’instruction. Des écrits peuvent contenir des confessions, des récits fantasmés ou exagérés ; ils exigent une expertise et une confrontation avec des éléments indépendants.
-
– Témoignages et plaintes de victimes : ce sont des sources directes et essentielles. Leur valeur probante est élevée mais peut être affectée par l’éloignement temporel des faits, la mémoire et l’état psychologique des personnes. La procédure judiciaire prévoit de les recouper et, le cas échéant, de les compléter par des expertises.
-
– Découverte par le neveu : il s’agit d’un fait matériel (chaîne de possession de la clé USB) mais qui doit être formellement établi (circonstances de la découverte, conditions de conservation, transmissions éventuelles) pour éviter toute contestation sur la preuve.
-
Constats et recommandations pour la couverture médiatique
-
L’article original s’appuie principalement sur la communication du parquet, une source légitime pour rendre compte d’une étape de l’enquête. Pour approfondir et vérifier, un travail journalistique complémentaire devrait viser à consulter les actes d’instruction disponibles, obtenir les précisions du parquet par écrit, interroger des avocats spécialisés et des associations d’aide aux victimes, et rappeler la présomption d’innocence. Compte tenu de la multiplicité des pays évoqués, il serait utile d’enquêter sur d’éventuelles procédures parallèles à l’étranger et sur les modalités de coopération internationale engagées.
-
Enfin, face à des allégations anciennes et graves, la couverture doit rester factuelle, protéger les victimes et éviter toute conclusion hâtive tant que l’instruction et, le cas échéant, les poursuites n’ont pas livré l’intégralité des éléments.
L’évaluation porte sur les sources citées dans le texte, pas sur la véracité des faits rapportés. Là où les autres médias placent une bio d’auteur, Commons place sa méthode.