Émissions de méthane : le PNUE alerte sur le manque de mesures fiables dans plus de la moitié de la production mondiale de pétrole et de gaz
Émissions de méthane : découvrez pourquoi le suivi du secteur pétrogazier reste incomplet et ce que prévoient les règles européennes.
Les progrès dans le suivi du méthane ne suffisent pas encore à dresser un tableau fiable des émissions du secteur pétrolier et gazier. Selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) présenté jeudi 15 octobre 2026, les émissions associées à plus de la moitié de la production mondiale d’hydrocarbures ne font toujours pas l’objet de mesures jugées crédibles. Cette lacune complique l’évaluation des efforts engagés contre un gaz qui contribue fortement au réchauffement climatique.
Des progrès réels, mais une couverture encore insuffisante
Le constat ne signifie pas que le suivi est inexistant. Il souligne plutôt l’écart entre les avancées obtenues auprès des entreprises participantes et la couverture nécessaire à l’échelle mondiale. Le rapport du PNUE consacré au partenariat pétrogazier sur le méthane met précisément l’accent sur l’amélioration des déclarations fondées sur des mesures et sur leur traduction en actions de réduction. La participation au dispositif demeure cependant minoritaire en proportion de la production mondiale.
Martin Krause, directeur de la division du changement climatique du PNUE, insiste sur la nécessité d’une participation de l’ensemble des producteurs. Son avertissement porte sur un préalable essentiel : disposer de données suffisamment précises et transparentes pour apprécier les émissions et les efforts accomplis. Les progrès du programme montrent qu’un meilleur suivi est possible, mais ils ne permettent pas encore de considérer que le secteur est couvert dans son ensemble.
Une distinction est importante pour comprendre ces résultats : la part de la production couverte par un programme de déclaration ne correspond pas automatiquement à la part des émissions mondiales effectivement mesurées. Le rapport porte sur la qualité et l’étendue du suivi des entreprises participantes. Ses conclusions doivent donc être lues dans ce périmètre, sans transformer un indicateur de participation en inventaire exhaustif des rejets.
Le méthane, un enjeu majeur de la lutte climatique
Invisible et inodore, le méthane possède un pouvoir de réchauffement nettement supérieur à celui du dioxyde de carbone, même si la comparaison dépend de la période retenue. Sa réduction constitue ainsi un levier important pour ralentir le réchauffement à court terme. Elle ne remplace toutefois pas la baisse des émissions de CO₂, qui reste le principal moteur du réchauffement à long terme. Ces deux objectifs sont complémentaires.
Le 23 juin 2026, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avait appelé à accélérer les efforts contre les émissions de méthane. Son appel concernait notamment les combustibles fossiles, l’agriculture et les déchets. Le secteur pétrogazier constitue donc un champ d’action important, mais il ne résume pas à lui seul le problème : la lutte contre ce gaz nécessite une mobilisation dans plusieurs secteurs d’activité.
En Europe, distinguer obligations et sanctions
L’Union européenne a adopté en 2024 un règlement destiné à encadrer les émissions de méthane du secteur énergétique, y compris celles liées aux approvisionnements importés. Le calendrier initial prévoyait, à partir du 1er janvier 2027, des exigences renforcées concernant l’équivalence des dispositifs de surveillance, de déclaration et de vérification pour certains contrats d’importation. Parler uniquement d’une nouvelle obligation de « déclarer les émissions » simplifie donc la portée du texte.
Le 20 juillet 2026, la Commission européenne a recommandé aux États membres de ne pas appliquer certaines sanctions aux importateurs pendant la période 2027-2029. Cette recommandation doit être distinguée d’une suppression des obligations elles-mêmes. La formulation est déterminante : aménager l’application des pénalités ne revient pas, juridiquement, à abroger le règlement adopté en 2024.
Des sources institutionnelles solides, des limites à préciser
Le PNUE constitue une source institutionnelle de premier plan sur le suivi du méthane. Son rapport est une source primaire pertinente pour décrire les résultats de son propre programme, mais son périmètre doit rester explicite. De même, les déclarations d’António Guterres établissent la position de l’ONU et ses priorités ; elles ne remplacent pas, à elles seules, une démonstration scientifique.
Pour les dispositions européennes, le règlement et la recommandation publiés sur EUR-Lex offrent les références les plus directes. En revanche, les critiques attribuées dans le texte initial à des organisations environnementales non nommées sont insuffisamment documentées pour être évaluées précisément. Cette différence de traçabilité rappelle l’enjeu central du dossier : qu’il s’agisse des émissions ou des décisions publiques, une information utile doit être vérifiable et replacée dans son contexte.