Eté 2024 exceptionnellement meurtrier en Europe, près de 62 775 décès attribués aux vagues de chaleur selon ISGlobal, Italie et Espagne en valeur absolue Grèce et Bulgarie les plus touchées par habitant, appels aux alertes et adaptations
ISGlobal estime 62 775 morts liées aux vagues de chaleur en 2024 en Europe; 181 446 sur 2022–2024. Lire les recommandations pour prévenir d'autres décès.
L’été 2024 a de nouveau provoqué un surcroît de mortalité en Europe, selon une étude parue le 22 septembre dans la revue Nature Medicine. Les auteurs, affiliés à l’Institut pour la Santé Mondiale de Barcelone (ISGlobal), estiment que les vagues de chaleur ont entraîné environ 62 775 décès en 2024, portant à quelque 181 446 le total des morts liées à la chaleur sur les trois étés 2022–2024 pour une trentaine de pays européens étudiés. Ces chiffres confirment une tendance préoccupante : l’Europe, continent qui se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale, continue d’enregistrer des étés exceptionnellement chauds et meurtriers.
Les chiffres et ce qu’ils signifient
Les auteurs révisent aussi légèrement à la hausse leurs estimations pour 2022 et 2023 : 67 873 décès pour 2022 et 50 798 pour 2023. La somme de ces trois années dépasse ainsi 181 000 morts attribuables aux excès de température. Les pays les plus affectés en valeur absolue en 2024 sont l’Italie (estimation située entre 13 858 et 23 506 décès) et l’Espagne (entre 4 655 et 8 513 décès). Rapportée à la population, la charge relative a été particulièrement lourde en Grèce et en Bulgarie.
Ces chiffres sont des estimations de « mortalité liée à la chaleur », concept statistique qui relie des hausses de mortalité observées à des variations de température par rapport à une température optimale pour la santé. Les méthodes utilisées combinent séries temporelles de mortalité et données météorologiques, avec des modèles qui cherchent à isoler l’effet de la chaleur tout en contrôlant d’autres facteurs. Les auteurs précisent que leurs résultats « comprennent leur lot d’incertitude », formule reprise par l’auteur principal Tomas Janos dans une citation relayée par l’AFP. Cette incertitude découle à la fois des choix méthodologiques (périodes de référence, modélisation des lags, formes de la relation température‑mortalité) et des limites des données disponibles.
Contexte, conséquences et réponses possibles
Au-delà des chiffres, l’enjeu est sanitaire et sociétal : la chaleur aiguë augmente le risque d’événements cardiovasculaires, respiratoires et métaboliques, et elle affecte plus sévèrement les personnes âgées, celles souffrant de maladies chroniques, les populations précaires et les travailleurs exposés. L’accumulation d’étés extrêmes met aussi en tension les systèmes de santé et impose des coûts humains et économiques importants. Les auteurs et d’autres institutions de santé publique préconisent des mesures connues : systèmes d’alerte précoce, plans d’action chaleur, adaptation des infrastructures urbaines, protection des groupes vulnérables et politiques de mitigation du changement climatique sur le long terme.
Évaluer la fiabilité des sources et des résultats est essentiel pour interpréter ces conclusions. La revue Nature Medicine est une publication scientifique internationale à comité de lecture, de haut facteur d’impact, qui applique des standards rigoureux d’évaluation. L’Institut pour la Santé Mondiale de Barcelone (ISGlobal) est une institution reconnue dans le domaine de la santé environnementale et publique ; ses équipes publient régulièrement des travaux sur les effets du climat sur la santé. L’Agence France‑Presse (AFP), citée pour une déclaration d’un des auteurs, est une source d’information journalistique réputée pour sa fiabilité factuelle. Ces éléments renforcent la crédibilité générale du signal rapporté.
Cependant, il convient de souligner les limites : il s’agit d’études observationnelles et modélisées, non d’expériences contrôlées ; l’attribution précise d’un décès à la chaleur implique des hypothèses statistiques. Les différences de qualité et de granularité des registres de mortalité entre pays, les variations des pratiques de codage des causes de décès et l’évolution des facteurs d’adaptation (par exemple la pénétration de la climatisation, les campagnes de prévention) peuvent affecter les estimations comparatives. Enfin, les fourchettes données pour certains pays (notamment l’Italie) traduisent une variabilité importante dans l’intervalle d’estimation.
En conclusion, l’étude publiée dans Nature Medicine apporte un signal robuste et cohérent avec d’autres travaux : les épisodes de chaleur extrême en Europe ont causé des dizaines de milliers de morts ces dernières années. Les chiffres exacts restent assortis d’incertitudes méthodologiques et de limites de données, mais la tendance est claire et appelle des politiques de prévention et d’adaptation fondées sur des preuves. Pour les décideurs, la priorité est double : réduire les émissions responsables du réchauffement et intensifier les mesures de protection sanitaire à court et moyen terme pour limiter la mortalité lors des prochains étés.