Guerre en Ukraine : l’ONU documente plus de 1 000 cas de violences sexuelles depuis février 2022
L’ONU documente plus de 1 000 cas de violences sexuelles en Ukraine et alerte sur un bilan probablement largement sous-estimé.
Plus de 1 000 cas documentés depuis le début de l’invasion
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme affirme avoir recensé plus de 1 000 cas de violences sexuelles liés au conflit en Ukraine. Ces faits auraient été commis entre le 24 février 2022, date du début de l’invasion russe, et la fin du mois de juillet, selon un rapport présenté à Genève vendredi 18 septembre.
Le document repose sur des entretiens confidentiels menés auprès de centaines de victimes, ainsi que sur l’examen de documents judiciaires et de registres officiels. Les enquêteurs de l’ONU ont étudié des violences attribuées aux deux parties au conflit, dans les zones auxquelles ils ont pu accéder.
Danielle Bell, cheffe de la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine, a toutefois insisté sur les limites de ce bilan. Le nombre de cas recensés « ne représente qu’une fraction de la réalité », a-t-elle déclaré. Les équipes de l’ONU n’ont notamment pu interroger qu’environ 10 % des prisonniers libérés par les deux camps. Elles n’ont pas non plus eu accès aux territoires ukrainiens contrôlés par la Russie.
Ces contraintes compliquent l’évaluation de l’ampleur réelle des violences. Elles peuvent notamment empêcher l’identification de victimes qui n’ont pas pu témoigner, qui restent détenues ou qui vivent dans des zones difficiles d’accès. Le chiffre de 1 000 cas doit donc être compris comme un minimum documenté, et non comme une estimation exhaustive du phénomène.
Une majorité de faits attribués aux forces russes
Selon le rapport, 89 % des cas recensés sont attribués au camp russe. Les faits impliqueraient notamment des membres des forces armées, de l’administration pénitentiaire et des services de sécurité nationale. Les 11 % restants sont attribués à des membres du camp ukrainien.
Le Haut-Commissariat décrit ces violences comme faisant partie d’un « schéma choquant de torture, d’intimidation et de coercition » observé depuis le début du conflit. L’organisation évoque des actes commis dans différents contextes, notamment dans les lieux de détention et dans les territoires ukrainiens occupés.
Les victimes sont majoritairement des hommes, en particulier parmi les personnes détenues. Des femmes et des enfants ont également été ciblés, principalement dans les zones occupées. Les violences recensées comprennent des viols, des viols collectifs, des mutilations génitales, des décharges électriques et des coups portés aux organes génitaux. Le rapport mentionne aussi d’autres actes dégradants à caractère sexuel.
Les cas les plus jeunes et les plus âgés recensés illustrent l’étendue des profils concernés. La plus jeune survivante d’un viol était une fillette de quatre ans, tandis que la victime la plus âgée était une femme de 82 ans. D’après le Haut-Commissariat, les faits commis contre ces deux personnes ont été attribués aux autorités russes.
Une source institutionnelle, mais un bilan nécessairement incomplet
La principale source citée dans l’article est le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Il s’agit d’une institution internationale spécialisée dans la documentation des violations des droits humains. Son enquête s’appuie sur plusieurs types de sources, dont des témoignages directs, des dossiers judiciaires et des registres officiels. Cette méthode renforce la crédibilité générale du rapport, notamment parce qu’elle ne repose pas uniquement sur des déclarations publiques ou des informations provenant d’un seul camp.
La présence d’entretiens confidentiels constitue également un élément important pour protéger les victimes et faciliter leur témoignage. Toutefois, comme pour toute enquête menée dans une zone de guerre, les résultats doivent être interprétés avec prudence. L’accès limité à certains territoires, le faible nombre de prisonniers libérés effectivement interrogés et la peur de représailles peuvent conduire à une sous-estimation des faits.
La répartition entre les deux camps doit elle aussi être comprise comme le résultat des cas documentés, et non comme une mesure définitive de l’ensemble des violences commises. Le rapport de l’ONU fournit ainsi un état des lieux étayé, mais partiel, qui pourrait être complété par de nouvelles investigations, notamment lorsque l’accès aux zones actuellement contrôlées par la Russie sera possible.