Assemblée nationale renforce les règles d’achat pour la restauration collective en privilégiant le territoire français et introduit des critères de rémunération équitable et de durabilité malgré des réserves juridiques et politiques
Les députés exigent du produit français pour la restauration collective et votent critères de rémunération et durabilité malgré des réserves juridiques.
Les députés ont adopté, vendredi 29 mai, un article du projet de loi d’urgence agricole destiné à renforcer la qualité de l’alimentation servie dans la restauration collective publique. Lors de cette première lecture, l’Assemblée nationale est allée au‑delà du texte initialement proposé par le gouvernement en introduisant plusieurs exigences nouvelles sur l’origine et les critères d’achat des produits alimentaires.
Origine des produits : vers une préférence pour le « territoire français »
Dans sa version d’origine, l’article prévoyait d’interdire les achats en dehors de l’Union européenne sauf pour les produits indisponibles. Mais les députés ont finalement adopté, par 64 voix contre 31 et contre l’avis du gouvernement et du rapporteur Julien Dive (LR), un amendement proposé par la députée LFI Aurélie Trouvé. Celui‑ci exige que les produits servis dans la restauration collective publique proviennent du « territoire français », sauf en cas d’offre défaillante.
Cette évolution a suscité des réserves marquées. Le rapporteur Julien Dive a mis en garde contre un risque de censure par le Conseil constitutionnel ou d’atteinte au droit européen, et a évoqué la possibilité de « mesures de rétorsion » de la part de pays voisins. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a dit partager l’objectif politique de privilégier les produits français mais a estimé que la mesure risquait de « ne pas tenir devant un juge ». Le Rassemblement national a, pour sa part, soutenu l’amendement, dénonçant selon Matthias Renault la « soumission » du gouvernement à certaines règles européennes.
Critères complémentaires et réactions des groupes parlementaires
Outre l’origine, l’Assemblée a adopté plusieurs autres amendements visant à encadrer les achats publics alimentaires. Parmi eux figurent l’introduction d’un critère de rémunération équitable pour les producteurs, l’extension aux collectivités locales d’une obligation d’acheter, à partir de 2028, 100 % de viande française, ainsi que l’application de l’obligation d’utiliser des produits issus de l’Union européenne aux gestionnaires privés. Les députés ont également prévu le respect d’un prix plancher pour l’achat de certains produits agricoles.
Ces dispositions ont provoqué des réactions contrastées. Les écologistes se sont majoritairement abstenus, le député Hendrik Davi expliquant préférer la prise en compte de critères environnementaux — comme l’agriculture biologique — à la seule origine nationale : il a illustré son propos en disant qu’à Perpignan il valait mieux, selon lui, proposer du bio espagnol plutôt que du non‑bio français transporté sur de longues distances. De son côté, la ministre Annie Genevard a prédit que « les gestionnaires vont s’arracher les cheveux » face à ces nouvelles obligations opérationnelles et financières.
Les modalités pratiques et la conformité juridique de plusieurs de ces réécritures devront être examinées à nouveau : certaines pourront être modifiées au Sénat ou lors d’une commission mixte paritaire chargée de concilier les versions des deux chambres. Le texte prévoit par ailleurs une obligation de transparence sur la proportion de produits durables et de qualité — notamment issus de l’agriculture biologique — dans les achats de la grande distribution et de la restauration commerciale.
L’examen du projet de loi se poursuit : les députés devaient achever la discussion de l’ensemble du texte ce week‑end, avec un vote solennel programmé pour mardi. Ces étapes ultérieures resteront déterminantes pour savoir quelles mesures seront maintenues, amendées ou supprimées avant leur éventuelle entrée en vigueur.
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