Le Premier ministre exige un changement d'échelle de la réponse au narcotrafic et mobilise Matignon pour une stratégie interministérielle face à la montée des violences et des meurtres liés aux trafics
Le gouvernement exige un changement d'échelle face au narcotrafic et élargit le comité interministériel pour construire une stratégie commune et renforcée.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présidé, vendredi 29 mai, la première réunion du comité interministériel dédié à la lutte contre la criminalité organisée. La séance n’a pas donné entière satisfaction au chef du gouvernement, qui a jugé les propositions ministérielles « techniques et insuffisantes » et a demandé un « changement d’échelle de la réponse » face au narcotrafic.
Selon l’entourage du Premier ministre, la volonté affichée à l’issue de cette réunion est de transformer la gestion du dossier : Matignon entend s’investir directement pour que la riposte ne repose plus exclusivement sur l’action du ministère de l’Intérieur et de la Justice. Un nouveau comité, dit-on, se tiendra prochainement avec « une méthode différente ».
Un comité élargi et une prise de parole de Matignon
La réunion a rassemblé douze ministres et responsables, parmi lesquels Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), Édouard Geffray (Éducation), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Jean-Pierre Farandou (Travail) et la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. L’objectif, tel que rapporté par l’exécutif, est d’élaborer une stratégie gouvernementale plus globale face à l’évolution de la criminalité organisée.
Le Premier ministre a notamment insisté sur la nécessité d’élargir le périmètre d’intervention : « Matignon va s’investir dans le dossier car cela ne saurait être seulement que le sujet du ministre de l’intérieur et du garde des sceaux », ont rapporté ses services. L’Éducation nationale a été explicitement désignée comme un acteur de première ligne, Édouard Geffray étant cité comme partie prenante.
Constat partagé : mutations et aggravation des trafics
Les ministres et services présents ont dressé un constat alarmant : la criminalité organisée serait en profonde mutation, marquée selon les participants par une mondialisation des circuits, une numérisation accrue, un rajeunissement des acteurs et une désinhibition des violences. Le gouvernement met en rapport ces transformations avec une recrudescence des meurtres liés aux trafics de stupéfiants observée depuis le début de l’année, impliquant de plus en plus de mineurs, tant comme victimes que comme auteurs.
En première ligne, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez plaide depuis plusieurs semaines pour une réponse « globale » : il estime que la « guerre » contre les narcotrafiquants ne peut être conduite par son seul ministère. Cette formulation, reprise par l’exécutif, traduit la volonté de mobiliser l’ensemble des politiques publiques — sécurité, justice, éducation, diplomatie et travail — autour d’un plan commun.
Pour autant, la réunion du 29 mai n’a pas apporté, selon Matignon, le niveau d’ambition attendu. Les propositions présentées ont été qualifiées de trop techniques et insuffisantes pour répondre aux enjeux évoqués, d’où la promesse d’une nouvelle séance préparatoire à la mise en place d’une stratégie renforcée.
Le calendrier précis des prochaines étapes n’a pas été rendu public au moment du communiqué, mais l’entourage du Premier ministre a indiqué qu’une méthode différente serait expérimentée lors du prochain comité, sans plus de détails.
Enfin, l’exécutif fait état de réunions d’urgence tenues à l’Élysée au préalable, signe que le sujet figure désormais en haut de l’agenda gouvernemental. L’intention affichée est de mener une politique d’ensemble pour « faire la guerre » aux filières de stupéfiants, expression reprise par certains membres de l’exécutif et qui témoigne d’une volonté de durcir l’approche, au-delà des réponses purement judiciaires ou policières.
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