Christian Estrosi visé par une enquête sur ses frais de représentation à Nice, après un signalement d’Eric Ciotti
Une enquête examine les frais de représentation de Christian Estrosi à Nice après un signalement d’Eric Ciotti et une plainte associative.
Le parquet de Nice a ouvert une enquête préliminaire visant Christian Estrosi, ancien maire de la ville, pour des soupçons de détournement de fonds publics. La procédure fait suite à un signalement transmis par son successeur, Eric Ciotti, concernant l’absence de justificatifs pour une partie des frais de représentation engagés par l’élu lorsqu’il dirigeait la municipalité.
Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, a confirmé mercredi 16 septembre l’ouverture de cette enquête, révélée par Nice-Matin. Selon les éléments rapportés, le signalement a été effectué au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale et transmis au parquet à la fin du mois de juillet. L’enquête aurait ensuite été ouverte à la fin du mois d’août.
Des frais de représentation au cœur du signalement
Les investigations portent sur des dépenses engagées au titre des frais de représentation du maire. Ces crédits permettent à un élu local de prendre en charge certaines dépenses liées à ses fonctions, notamment lorsqu’elles sont engagées dans le cadre de rencontres professionnelles ou institutionnelles. Leur utilisation doit toutefois respecter les règles applicables aux collectivités territoriales et pouvoir être justifiée.
L’association Transparence citoyenne avait déjà saisi la justice dans cette affaire. Elle affirme avoir identifié plus de 312 000 euros de frais de représentation remboursés sans justificatif au bénéfice de Christian Estrosi entre 2016 et 2025. À ce stade, ces montants correspondent à des dépenses mises en cause par l’association et ne constituent pas, en eux-mêmes, la preuve d’une infraction. C’est précisément le rôle de l’enquête de déterminer la nature des dépenses, leur conformité aux règles et les éventuelles responsabilités.
Après son arrivée à la mairie, en mars, sous la bannière UDR-RN, Eric Ciotti aurait demandé à son prédécesseur de fournir les pièces justificatives correspondant aux dépenses contestées. Face à l’absence, selon lui, de réponses suffisantes, il a décidé de transmettre un signalement au parquet. Les éléments fournis par le nouveau maire doivent désormais être examinés par les enquêteurs.
La défense de Christian Estrosi dénonce un « acharnement »
Contacté par l’Agence France-Presse, l’avocat de Christian Estrosi, Me Matthieu Avril, a dénoncé un « contexte d’acharnement et de mises en cause répétées » de la part d’Eric Ciotti. Le conseil a refusé de commenter précisément la procédure, expliquant que son client n’en avait pas été informé au moment où il s’exprimait.
Me Avril a néanmoins assuré que l’ancien maire avait toujours veillé à la bonne utilisation des deniers publics. Il a rappelé que les frais de représentation des élus locaux sont encadrés par les dispositions du Code général des collectivités territoriales. Selon lui, Christian Estrosi aurait même régulièrement reversé à la métropole la part non utilisée de l’enveloppe qui lui était attribuée, alors qu’il n’y aurait pas été juridiquement contraint.
Interrogé l’année précédente sur ces dépenses, Christian Estrosi avait expliqué qu’elles correspondaient exclusivement à des repas organisés avec des investisseurs, des acteurs du monde économique ou des personnalités du secteur culturel. L’objectif affiché était alors de faire progresser certains dossiers concernant la ville de Nice et la métropole.
Une enquête qui ne préjuge pas des responsabilités
L’ouverture d’une enquête préliminaire ne signifie pas qu’une infraction est établie. Elle permet au parquet de rassembler les documents nécessaires, d’entendre les personnes concernées et de vérifier si les dépenses dénoncées ont été engagées dans l’intérêt des collectivités. À l’issue des investigations, le parquet pourra décider d’un classement sans suite, de l’ouverture d’une information judiciaire ou de poursuites, selon les résultats obtenus.
Christian Estrosi ferait par ailleurs déjà l’objet de plusieurs enquêtes, sans avoir été mis en examen. Cette précision est importante : à ce stade, le dossier relatif aux frais de représentation reste au stade des vérifications et aucune décision judiciaire ne permet de conclure à sa culpabilité.
Concernant la fiabilité des sources citées, la confirmation attribuée au procureur de la République et les déclarations transmises par l’AFP constituent les éléments les plus solides du récit, car elles reposent sur des interlocuteurs directement concernés ou institutionnellement compétents. Nice-Matin est présenté comme le média ayant révélé l’information, mais ses éléments doivent être distingués des confirmations officielles. Enfin, les chiffres avancés par Transparence citoyenne correspondent à l’analyse d’une association plaignante : ils sont utiles pour comprendre l’origine du dossier, mais devront être vérifiés par l’enquête judiciaire.