Jordan Bardella accusé de propos antisémites par Mediapart en 2013, le président du RN dément et conteste l’authenticité des écrits
Jordan Bardella dément les propos antisémites que Mediapart lui attribue en 2013. Découvrez les accusations et les éléments de prudence.
Une enquête publiée par Mediapart affirme que Jordan Bardella aurait tenu, en 2013, des propos antisémites dans plusieurs conversations écrites. Le président du Rassemblement national (RN), qui avait alors 18 ans et militait dans l’orbite de l’ancien Front national, conteste fermement ces accusations et assure qu’il s’agit de « faux grossiers ». À ce stade, les éléments rapportés relèvent d’une accusation journalistique contestée par l’intéressé, et non d’un fait établi par une décision de justice.
Des échanges attribués au jeune militant
Dans une enquête présentée comme fondée sur des conversations conservées par le média, Mediapart attribue à Jordan Bardella plusieurs messages contenant des références aux Juifs, aux banques et à Israël. Le journal reproduit notamment une phrase au contenu explicitement complotiste et antisémite, en précisant qu’il en respecte l’orthographe originale.
Le média évoque également une autre conversation dans laquelle le jeune militant aurait critiqué la composition du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, formé après l’élection de François Hollande en 2012. Selon Mediapart, il aurait estimé que certains ministères importants étaient confiés à des personnalités pour lesquelles Israël et les intérêts bancaires primeraient sur les intérêts français.
L’enquête rattache ces propos à trois membres du gouvernement de l’époque : Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, et Manuel Valls, ministre de l’Intérieur. Présentée de cette manière, l’association entre des responsables politiques juifs ou perçus comme proches d’Israël et une supposée influence bancaire correspond à des ressorts classiques de la rhétorique antisémite. Toutefois, l’attribution personnelle de ces écrits à Jordan Bardella reste précisément le point contesté de l’affaire.
Jordan Bardella dément et menace de poursuivre
Interrogé par Mediapart, Jordan Bardella a contesté « formellement » avoir tenu, à l’oral comme à l’écrit, en public comme en privé, des propos racistes ou antisémites de cette nature. Il a également mis en avant son âge et son niveau d’engagement politique à l’époque, affirmant ne pas avoir été un militant actif du Front national durant l’été 2013.
Dans un message relayé sur la plateforme X, le président du RN a qualifié les accusations de « propos délirants » et de « faux grossiers ». D’après l’article d’origine, il a aussi annoncé son intention d’engager des poursuites contre le média. Une telle démarche éventuelle ne préjugerait pas, à elle seule, de la véracité ou de la fausseté des documents évoqués : seule une procédure contradictoire pourrait permettre d’examiner leur authenticité, leur contexte et les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus.
La réponse de Jordan Bardella s’inscrit dans une séquence politique sensible pour le RN, qui cherche depuis plusieurs années à se présenter comme une formation débarrassée des références antisémites historiquement associées à une partie de l’extrême droite française. Toute révélation concernant les écrits passés de l’un de ses dirigeants est donc susceptible de raviver le débat sur la transformation idéologique du parti et sur la portée de sa stratégie de normalisation.
Le soutien de Marine Le Pen et les réserves sur les sources
Marine Le Pen a rapidement pris la défense de Jordan Bardella, jugeant l’accusation invraisemblable. Un proche de l’ancienne candidate du RN à l’élection présidentielle a également dénoncé ce qu’il présente comme une opération politique visant le parti et Mediapart. Sa réaction s’est accompagnée d’attaques contre Edwy Plenel, cofondateur du média, ainsi que d’une mise en cause générale du journal d’investigation.
Sur le plan de la fiabilité, Mediapart est une source journalistique identifiée, spécialisée dans les enquêtes et soumise aux règles professionnelles de la presse. Cela donne à ses révélations un intérêt réel, mais ne suffit pas à établir automatiquement l’authenticité de documents privés. Dans le cas présent, l’article initial, tel qu’il est résumé, ne permet pas au lecteur de vérifier directement l’intégralité des conversations, leur chaîne de conservation, ni les éventuelles expertises techniques réalisées.
Le démenti de Jordan Bardella constitue une source directe sur sa position, mais il s’agit d’une déclaration intéressée, formulée par la personne mise en cause. Les propos de Marine Le Pen et de son entourage relèvent, eux aussi, de la réaction politique et ne constituent pas une vérification indépendante. La prudence journalistique impose donc de distinguer clairement les faits établis — l’existence d’une enquête et d’un démenti — des accusations documentaires, qui demeurent contestées tant qu’elles n’ont pas été authentifiées ou examinées par une instance indépendante.