Adolescent blessé à Lens par une grenade devant un lycée : ce que l’enquête de l’IGPN doit encore établir
À Lens, l’IGPN enquête après la grave blessure d’un lycéen de 15 ans touché par une grenade lors d’affrontements devant son lycée.
Un adolescent de 15 ans a été grièvement blessé, lundi 5 octobre, à Lens (Pas-de-Calais), en marge d’un rassemblement de lycéens. Selon les éléments communiqués par les autorités, le jeune homme a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade. Hospitalisé à Lille, il n’était pas en danger vital lundi après-midi, d’après le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch.
Une scène survenue devant un lycée
Les faits se sont produits vers 10 h 30 aux abords du lycée professionnel Auguste-Béhal, où la victime est scolarisée en classe de seconde. D’après le préfet, un groupe de 200 à 250 lycéens s’était rassemblé devant l’établissement. Des pierres, des feux d’artifice et des mortiers auraient été lancés en direction des policiers présents sur place.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a également évoqué une situation particulièrement tendue. Selon son récit, une compagnie d’intervention du Pas-de-Calais aurait été prise à partie par des jets de projectiles et au moins un cocktail Molotov. Les sommations réglementaires auraient été effectuées avant l’intervention des forces de l’ordre, a-t-il affirmé.
Ces éléments proviennent principalement des déclarations du préfet et du ministre de l’Intérieur. Ils décrivent le contexte général des affrontements, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’établir précisément la chronologie de la blessure. Des lycéens interrogés par la radio ICI Nord ont, de leur côté, évoqué un mouvement de foule au moment de l’explosion.
Une enquête confiée à l’IGPN
L’Inspection générale de la police nationale a été saisie dès lundi. Le procureur de Béthune, Etienne Thieffry, a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « délit de violence ayant entraîné une mutilation, une infirmité permanente ». L’objectif est de déterminer les circonstances exactes de l’explosion et d’établir les responsabilités éventuelles.
À ce stade, le parquet n’a pas confirmé si l’adolescent avait ramassé une grenade avant qu’elle n’explose ou si l’engin avait directement atteint sa main. Le procureur a également indiqué ne pas être en mesure d’identifier avec certitude le type de grenade utilisé. Une source syndicale policière citée par l’AFP avait d’abord évoqué une grenade de désencerclement. Le ministre de l’Intérieur a ensuite parlé d’une grenade assourdissante.
Cette divergence souligne la nécessité d’attendre les conclusions de l’enquête. Les investigations doivent notamment porter sur l’identification de l’engin, les conditions de son emploi et sa conformité avec la doctrine et la réglementation applicables. La vidéoprotection, les images des caméras-piétons, les vidéos publiées sur les réseaux sociaux et les communications radio des policiers doivent être examinées. La victime, les fonctionnaires présents et les témoins seront également entendus lorsque leur état ou les circonstances le permettront.
Un établissement sous le choc
Le lycée Auguste-Béhal a communiqué avec les élèves et leurs familles après les faits. L’établissement est passé temporairement en enseignement à distance, selon ICI Nord. Une cellule d’urgence médico-psychologique a été activée afin d’accompagner les élèves et les personnels. L’association France Victimes 62 a, elle aussi, été mobilisée pour soutenir l’adolescent et sa famille.
Des enseignants et des élèves ont fait part de leur émotion et de leur inquiétude. Une professeure interrogée par l’AFP a évoqué le choc, la consternation et la colère qui dominaient au sein de l’établissement. Plusieurs lycéens ont dit redouter de nouveaux incidents et la présence renforcée des forces de l’ordre autour des établissements de Lens.
Des réactions politiques divergentes
Le drame a suscité de nombreuses réactions politiques. À gauche, plusieurs responsables ont dénoncé la doctrine actuelle du maintien de l’ordre et demandé une réforme de l’usage des armes intermédiaires lors des manifestations réunissant des mineurs. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a annoncé une proposition de loi visant notamment les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense dans ce contexte.
Le gouvernement a défendu, pour sa part, la proportionnalité de l’intervention policière. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, et Laurent Nuñez ont assuré que les forces de l’ordre agissaient dans le respect du cadre légal, avec une attention particulière lorsque les rassemblements impliquent des lycéens.
Les informations disponibles reposent sur des sources de nature différente. Les déclarations du parquet, du préfet et du ministère constituent des sources officielles importantes, mais elles décrivent les faits depuis le point de vue des autorités. Les témoignages de lycéens, recueillis par l’AFP ou ICI Nord, apportent un éclairage direct, tout en pouvant rester partiels ou affectés par le stress. L’enquête de l’IGPN et les éléments matériels devront donc être privilégiés pour établir une version définitive des événements.