Enquêtes de l’IGPN après les blessures et violences signalées pendant la mobilisation des lycéens
Enquêtes IGPN : découvrez ce que les parquets et les autorités établissent après les blessures signalées lors de la mobilisation lycéenne.
Une dizaine d’enquêtes confiées à l’IGPN
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie d’une dizaine d’enquêtes portant sur des faits présumés de violences policières. L’information a été annoncée par le ministère de l’Intérieur le lundi 5 octobre. Cette instance, couramment appelée la « police des polices », est chargée d’examiner le comportement des fonctionnaires de police lorsqu’une intervention fait l’objet d’un signalement ou d’une plainte.
Le gouvernement faisait alors état de 215 élèves blessés depuis le début du mouvement. Selon Matignon, « l’immense majorité » de ces blessures serait liée à des accidents ou à l’intervention de personnes extérieures aux forces de l’ordre. Ce bilan, communiqué par les services du Premier ministre, ne permet toutefois pas de distinguer précisément les circonstances de chaque blessure.
Dans le même temps, 6 059 interpellations avaient été recensées depuis le 28 septembre, tandis que 715 policiers ou gendarmes avaient été blessés, d’après les chiffres communiqués par le gouvernement. Ces données replacent les enquêtes de l’IGPN dans un contexte de mobilisation marquée par de nombreux blocages, des affrontements et des interventions des forces de l’ordre dans plusieurs villes.
Des blessures graves dans plusieurs villes
Dans le Val-d’Oise, un lycéen de 14 ans, Eden, a été grièvement blessé au visage le lundi 28 septembre devant son établissement. Des vidéos largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent un face-à-face entre trois policiers casqués et l’adolescent. Après un échange de coups, l’un des fonctionnaires fait usage d’un lanceur de grenade lacrymogène, selon les éléments rapportés dans l’article d’origine.
La famille affirme que le jeune homme a perdu plusieurs dents et qu’il ne peut s’alimenter qu’avec une paille. Son avocate soutient qu’il a été atteint à la tête par le projectile. Le parquet de Pontoise a ouvert deux enquêtes : la première, confiée à l’IGPN, concerne le tir du policier ; la seconde porte sur des violences qui auraient été commises contre des fonctionnaires. Les parents de l’adolescent ont également annoncé leur intention de déposer plainte pour tentative d’homicide volontaire. À ce stade, ces qualifications et les responsabilités éventuelles restent à établir par la justice.
À Tours, Maël, âgé de 16 ans, a été blessé à la tête le mercredi 30 septembre lors du blocage du lycée Balzac. La procureure de la République a saisi l’IGPN après des examens médico-légaux indiquant que les lésions à l’œil étaient compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD. La famille a déposé plainte pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique et affirme que l’adolescent n’était pas engagé dans le mouvement lycéen.
À Pontoise, une autre enquête de l’IGPN a été ouverte après qu’un adolescent a été atteint au visage par un tir de LBD. Le parquet indique que deux policiers avaient fait usage de leur arme après que deux jeunes hommes eurent tiré des mortiers d’artifice dans leur direction. L’avocate de la famille affirme, de son côté, que son client tentait simplement de rentrer chez lui lorsqu’il s’est retrouvé au milieu du rassemblement. Les circonstances exactes du tir et son éventuelle proportionnalité devront être déterminées par l’enquête.
À Lens, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée près d’un établissement scolaire. Les circonstances demeuraient inconnues au moment des faits. Des témoins évoquaient l’explosion d’une grenade, mais le procureur précisait ne pas savoir si l’adolescent avait saisi un engin ou si celui-ci avait explosé à proximité. L’IGPN devait notamment déterminer le type de grenade utilisé et les conditions précises de l’accident.
L’enquête de Metz et les limites des informations disponibles
À Metz, une enquête a été ouverte le mardi 6 octobre après l’interpellation, la veille, d’une jeune fille de 14 ans. Une vidéo largement partagée montre une adolescente maintenue au sol par un policier. Le parquet cherche à établir l’existence éventuelle d’une agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans et doit authentifier les images, avec l’appui de l’Office anti-cybercriminalité.
La jeune fille avait été placée en garde à vue pour dégradations et participation à un groupement en vue de la préparation de violences. De son côté, une source policière indiquait que le fonctionnaire concerné envisageait de déposer plainte pour diffamation. Là encore, les images diffusées sur les réseaux sociaux constituent un élément à vérifier, et non une preuve suffisante à elles seules.
Le parquet de Metz a confirmé l’ouverture de la procédure, tout comme les parquets de Pontoise et de Tours pour les autres dossiers. Ces communications judiciaires constituent les éléments les plus solides parmi les informations citées. En revanche, plusieurs détails reposent sur les déclarations des familles, des avocats, de témoins ou de sources policières, qui devront être confrontées aux expertises et aux auditions.
Le ministère de l’Intérieur a également mentionné une enquête concernant des faits survenus à Sevran. Pour cinq autres procédures, aucune information détaillée n’avait été communiquée par l’IGPN ou la police. La liste des dossiers demeure donc incomplète. Les enquêtes en cours devront préciser les circonstances des blessures, l’identité des personnes impliquées et, le cas échéant, déterminer si l’usage de la force était nécessaire et proportionné.