Affaire Thélyson Orélien : les accusations d’intelligence artificielle et de plagiat qui bouleversent la promotion de son roman
Affaire Thélyson Orélien : découvrez les accusations d’IA et de plagiat, ainsi que les limites des preuves avancées.
La polémique autour de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a pris une nouvelle ampleur avec la suspension de sa tournée promotionnelle au Canada. Les éditions du Boréal, qui ont publié au printemps son roman C’était ça ou mourir, ont annoncé jeudi 24 septembre l’interruption temporaire des activités liées à l’ouvrage, alors que l’auteur est visé par des accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle et de plagiat.
Une promotion suspendue dans l’attente d’éclaircissements
Dans un communiqué, la maison d’édition montréalaise a expliqué vouloir agir « pour assurer le bien-être de Thélyson Orélien ». Elle a également indiqué travailler avec l’écrivain afin d’établir les conditions dans lesquelles le roman a été rédigé.
Les éditions du Boréal affirment que l’intelligence artificielle n’a pas été utilisée depuis la réception du manuscrit. Cette formulation ne permet toutefois pas, à elle seule, de répondre à toutes les interrogations soulevées depuis le début de l’affaire. L’éditeur reconnaît d’ailleurs qu’il lui est, à ce stade, « impossible » de confirmer ou d’infirmer les accusations visant l’auteur. Il appelle donc à ne pas tirer de conclusions hâtives.
La maison d’édition se trouve ainsi dans une position délicate : elle doit protéger son auteur tout en répondant aux inquiétudes qui entourent un livre déjà très remarqué. La suspension de la promotion ne constitue pas une conclusion sur le fond du dossier, mais traduit la volonté de laisser place à des vérifications supplémentaires.
Le Salon du livre de l’Estrie, au Québec, a pris une décision similaire. L’organisation a annoncé le retrait de Thélyson Orélien de sa programmation, lui retirant à la fois son titre d’invité d’honneur et sa participation aux deux activités prévues. Là encore, cette mesure relève d’une décision d’organisation et de prudence, et non d’une reconnaissance officielle des accusations.
Des accusations relayées sur les réseaux sociaux
L’affaire a débuté lundi, lorsque le compte anonyme « Balance ton Claude », jusque-là peu connu, a mis en cause l’écrivain sur le réseau social X. Selon ce compte, le roman aurait été « presque intégralement » écrit avec l’aide d’une intelligence artificielle. Pour soutenir cette accusation, des extraits du livre auraient été analysés par Pangram, un logiciel présenté comme un détecteur de textes générés par IA.
La fiabilité de ce type d’outil doit cependant être appréciée avec prudence. Un résultat produit par un détecteur ne constitue pas, à lui seul, une preuve de l’origine d’un texte. Ces logiciels peuvent générer des faux positifs ou des faux négatifs, notamment selon le style de l’auteur, la langue du document, les modifications apportées au texte ou la longueur des passages examinés. Dans le cas présent, l’article ne fournit ni la méthodologie complète de l’analyse, ni les extraits étudiés, ni une expertise indépendante permettant d’évaluer précisément la portée des résultats de Pangram.
La source initiale des accusations présente donc une fiabilité limitée. Le caractère anonyme du compte « Balance ton Claude », l’absence de méthode détaillée et le recours à un outil automatisé invitent à considérer ses affirmations comme des éléments à vérifier, et non comme des faits établis.
Des soupçons de plagiat concernant d’anciens textes
À ces accusations se sont ajoutées, mercredi, des allégations de plagiat portant sur des textes publiés au Canada il y a plus de dix ans. Le quotidien québécois La Presse affirme notamment avoir constaté qu’une chronique publiée en 2013 reprenait, dans sa quasi-totalité, un article diffusé quelques jours auparavant par le journal philippin The Philippine Star. Le texte aurait été traduit et légèrement remanié.
Cette accusation repose sur une comparaison entre deux publications identifiables et accessibles en ligne. Elle présente donc un niveau de vérifiabilité supérieur aux seules conclusions d’un détecteur d’intelligence artificielle. Elle doit néanmoins être distinguée d’une décision judiciaire ou d’une enquête contradictoire : l’article d’origine ne précise pas si Thélyson Orélien a été interrogé sur chaque passage concerné, ni si les conditions de publication de la chronique ont été établies de manière exhaustive.
Contacté par l’Agence France-Presse, l’écrivain a dénoncé une volonté de « le faire taire ». Cette réaction constitue sa position publique, mais ne permet pas de trancher les accusations. Au moment de la suspension de la tournée promotionnelle, aucun élément présenté dans l’article ne permet donc de conclure définitivement à l’utilisation de l’IA pour le roman ou à un plagiat avéré.