TotalEnergies ne fait pas de marge en France sur les carburants mais réalise des profits grâce au raffinage
TotalEnergies réduit sa marge sur les carburants, mais profite du raffinage en France. Découvrez ce que disent les chiffres et les sources.
La déclaration d’Emmanuel Macron selon laquelle TotalEnergies ne ferait « pas de marge » en France mérite d’être précisée. Elle peut s’entendre dans le contexte du plafonnement volontaire des prix dans les stations-service du groupe, mais elle devient trompeuse si elle est appliquée à l’ensemble des activités de l’entreprise dans l’Hexagone.
Des prix plafonnés dans les stations-service
Depuis plusieurs mois, TotalEnergies limite le prix de vente de ses carburants dans son réseau. Le dispositif prévoit notamment des plafonds de 1,99 euro par litre pour l’essence et de 2,25 euros pour le gazole, selon les périodes et les modalités annoncées par le groupe.
Lorsque le prix auquel l’entreprise s’approvisionne, auquel s’ajoutent les coûts de transport, de stockage, de fonctionnement et les taxes, dépasse le prix affiché à la pompe, la distribution peut effectivement être réalisée sans marge, voire à perte. Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a ainsi estimé devant la commission des finances de l’Assemblée nationale que cette mesure représentait plusieurs centaines de millions d’euros pour le groupe depuis sa mise en place.
Cette estimation doit toutefois être considérée avec prudence. Il s’agit d’un chiffrage communiqué par la direction de TotalEnergies, et les comptes publics du groupe ne détaillent pas nécessairement le résultat de chaque activité en France. En outre, une vente à perte dans certaines stations ou sur certaines périodes ne signifie pas que l’ensemble de la distribution française est déficitaire.
Le raffinage change l’analyse
TotalEnergies ne se limite pas à vendre de l’essence et du gazole. Le groupe exploite également des raffineries, mène des activités de négoce et intervient à différentes étapes de la chaîne pétrolière. En France, il possède notamment des sites à Gonfreville-l’Orcher, en Seine-Maritime, à Donges, en Loire-Atlantique, et à Feyzin, dans le Rhône.
Le raffinage consiste à transformer le pétrole brut en produits utilisables, comme l’essence, le gazole ou le kérosène. Sa rentabilité dépend de l’écart entre le prix du brut et celui des produits raffinés. Cet écart, appelé marge de raffinage, peut fortement varier selon la demande mondiale, les capacités de production disponibles et les tensions géopolitiques.
Lors de son audition à l’Assemblée nationale, le 17 juin 2026, Patrick Pouyanné a déclaré que le résultat de l’activité de raffinage en France pouvait être estimé à environ 500 millions d’euros au premier trimestre 2026. Il a également indiqué que cette performance était principalement liée à la forte rentabilité observée au mois de mars. Ce chiffre ne correspond pas au bénéfice total du groupe en France : il s’agit d’une estimation portant sur une activité et une période précises.
Les données du ministère de la Transition écologique confirment que la « marge brute de raffinage sur Brent » est un indicateur de référence pour suivre la rentabilité théorique du raffinage. Mais cet indicateur ne constitue pas un bénéfice comptable net : il ne prend pas en compte l’ensemble des coûts, les arrêts d’installation, les investissements, la fiscalité ou les éventuelles pertes enregistrées sur d’autres activités.
Une formule présidentielle à replacer dans son contexte
Dire que TotalEnergies « ne fait pas de marge » en France peut donc être compris comme une référence aux carburants vendus dans les stations du groupe à un prix plafonné. En revanche, cette formule ne permet pas de conclure que l’entreprise ne réalise aucun profit sur le territoire français.
L’intégration des activités constitue précisément l’un des ressorts du modèle de TotalEnergies. Le groupe peut accepter de réduire sa marge dans la distribution tout en bénéficiant, au même moment, de conditions favorables dans le raffinage ou le négoce. Cette organisation ne permet pas, à elle seule, de déterminer le résultat final réalisé en France, mais elle montre pourquoi il faut distinguer chaque branche d’activité.
La fiabilité des informations citées dans l’article d’origine est donc inégale. Les comptes rendus de l’Assemblée nationale et les indicateurs du ministère de la Transition écologique sont des sources solides pour vérifier respectivement les déclarations du PDG et la définition des marges de raffinage. Les montants avancés par Patrick Pouyanné restent, eux, des estimations fournies par l’entreprise et doivent être présentés comme telles. Enfin, l’article devrait renvoyer directement à la source primaire de la déclaration d’Emmanuel Macron, ainsi qu’aux résultats financiers détaillés de TotalEnergies, afin de permettre une vérification complète.
La conclusion la plus exacte est donc la suivante : TotalEnergies a bien réduit, voire supprimé, sa marge sur certains carburants vendus en France, mais le groupe peut simultanément dégager des profits grâce au raffinage et à d’autres activités. La phrase présidentielle est compréhensible dans son contexte, mais trop générale si elle est interprétée comme une absence totale de bénéfices en France.