Carbios : Longlaville avance dans une filière du recyclage plastique sous pression
Carbios avance à Longlaville au moment où le recyclage plastique européen reste fragile, entre obligations de contenu recyclé et manque de capacités.
Carbios a profité de la présentation de ses résultats semestriels, jeudi 24 septembre, pour faire le point sur son projet d’usine de Longlaville. Derrière les chiffres financiers, c’est surtout l’avancée du futur site de recyclage enzymatique du PET qui retient l’attention.
L’entreprise française affirme avoir obtenu cet été l’approbation des comités de crédit d’une majorité des prêteurs appelés à participer au projet. Elle finalise parallèlement un nouvel accord avec un grand acteur du secteur des boissons qui porterait les préventes de l’usine à environ 60% de sa capacité nominale. Le financement complet doit encore être bouclé, mais plusieurs étapes ont été franchies depuis les derniers décalages de calendrier annoncés par le groupe.
À première vue, l’histoire pourrait rester celle d’une entreprise qui cherche à financer sa première usine. Elle intervient pourtant à un moment particulier pour toute la filière du recyclage plastique en Europe.
Plus de plastique recyclé, mais une filière qui souffre
Car le paradoxe est désormais bien installé. D’un côté, l’Union européenne impose progressivement davantage de matière recyclée dans les produits. Les bouteilles en PET doivent déjà intégrer en moyenne 25 % de plastique recyclé depuis 2025. À partir de 2030, les bouteilles de boissons à usage unique devront atteindre 30 %, tandis que le nouveau règlement européen sur les emballages fixe également des seuils minimums pour de nombreuses autres catégories d’emballages plastiques.
De l’autre, les recycleurs européens traversent une période difficile. Dans un document consacré à la compétitivité de la filière, la Commission européenne pointe la hausse des coûts énergétiques, la faiblesse des prix du plastique vierge et la concurrence de plastiques importés à bas coût. Elle estime que les capacités européennes de recyclage pourraient avoir reculé d’environ un million de tonnes à la fin de 2025, soit l’équivalent de la capacité de recyclage française.
Le décalage est d’autant plus frappant que les performances restent très différentes selon les matériaux. En France, 73 % des emballages ménagers ont été recyclés en 2025, mais seulement 30 % des emballages en plastique. Et la part de matière recyclée effectivement incorporée dans les emballages ménagers en plastique atteint encore 17 %.
Autrement dit, fixer des objectifs ne suffit pas. Il faut aussi des usines, des débouchés et des technologies capables de transformer des déchets de qualité très différente en matière réutilisable par les industriels.
Longlaville, un test industriel
C’est là que le projet de Carbios prend une dimension plus large. Longlaville doit être la première usine commerciale utilisant son procédé de recyclage enzymatique du PET. Contrairement au recyclage mécanique, particulièrement adapté aux flux les plus simples et les mieux triés, la technologie de Carbios vise notamment des déchets PET plus complexes : emballages colorés ou multicouches, mais aussi déchets textiles en polyester.
Le procédé consiste à décomposer le PET grâce à une enzyme pour retrouver ses composants de base, avant de fabriquer de nouveau du PET. Il permet non pas de remplacer le recyclage mécanique mais d’élargir la quantité et la nature des déchets susceptibles de retrouver une utilisation de qualité.
Cette question devient centrale à mesure que les industriels doivent incorporer davantage de matière recyclée. L’accord que Carbios dit être en train de finaliser avec un grand groupe des boissons est à cet égard révélateur.
Si la technologie semble éprouvée, les nouveaux procédés de recyclage comme celui de Carbios doivent démontrer qu’ils peuvent fonctionner à l’échelle d’une usine, à un coût acceptable et avec des clients prêts à acheter la matière produite.
L’Europe bientôt contrainte de recycler davantage chez elle
Une autre échéance renforce encore cette pression. À compter du 21 novembre 2026, l’Union européenne interdira les exportations de déchets plastiques vers les pays non-membres de l’OCDE. L’objectif est notamment d’éviter que des déchets européens soient envoyés dans des pays ne disposant pas toujours des infrastructures nécessaires pour les traiter. Mais cette fermeture progressive de la porte à l’exportation pose mécaniquement une autre question : que faire de ces déchets en Europe ?
La réponse passera par le développement des capacités de tri et de recyclage existantes, mais aussi par la capacité à industrialiser de nouveaux procédés lorsque les technologies traditionnelles atteignent leurs limites. Le moment est donc particulier. Jamais les textes européens n’ont autant poussé à l’utilisation de plastique recyclé, alors que l’économie même du recyclage reste fragile.
Dans ce paysage, Longlaville sera observée au-delà du seul cas Carbios. L’usine doit encore franchir l’étape décisive de son financement, et son calendrier reste à préciser. Mais son avancée pose déjà une question qui concerne l’ensemble de la filière : l’Europe saura-t-elle construire les capacités industrielles nécessaires pour transformer ses ambitions de recyclage en production réelle ? Pour Carbios comme pour les autres acteurs du secteur, c’est désormais là que se joue la suite.