Vaccination infantile en Europe : plusieurs pays confrontés à un recul depuis la pandémie de Covid 19
Vaccination infantile en Europe : une étude alerte sur le recul observé dans plusieurs pays depuis la pandémie de Covid 19.
La vaccination infantile, longtemps marquée par une progression régulière en Europe, montre des signes de ralentissement, voire de recul, dans plusieurs pays de l’Union européenne depuis la période de la pandémie de Covid-19. C’est la conclusion d’une étude publiée le 18 septembre dans The Lancet Regional Health – Europe, qui invite à surveiller de près l’évolution des couvertures vaccinales afin d’éviter la réapparition de maladies infectieuses.
Les chercheurs ont analysé les données disponibles pour les 27 États membres de l’Union européenne entre 1980 et 2024. Leur étude porte sur sept vaccinations infantiles ou groupes de vaccinations : la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, l’hépatite B, la méningite B, la poliomyélite, les infections à pneumocoque, ainsi que la rougeole et la rubéole. Les données proviennent des estimations conjointes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Unicef.
Des niveaux encore élevés, mais des écarts importants entre les pays
Sur le long terme, le bilan reste globalement positif. Depuis les années 1980, la couverture vaccinale des enfants a fortement progressé dans l’Union européenne, atteignant dans plusieurs pays des niveaux qualifiés d’« historiquement élevés » par les auteurs. Cette évolution demeure toutefois très inégale selon les territoires.
En 2024, le Luxembourg et le Portugal affichaient ainsi une couverture d’au moins 95 % pour les sept vaccinations étudiées. À l’inverse, la Roumanie se situait sous le seuil de 80 %. Ces écarts sont importants, car une couverture insuffisante peut favoriser la circulation de maladies évitables par la vaccination, en particulier lorsqu’elle concerne certaines zones ou certains groupes de population.
L’étude met surtout en évidence une inflexion récente. Seize pays de l’Union européenne ont enregistré une baisse de leur couverture pour au moins quatre des sept vaccinations examinées. En Bulgarie, à Chypre, en Irlande, aux Pays-Bas, en Roumanie et en Suède, les sept vaccinations étudiées ont toutes connu un recul au cours des dernières années.
L’Allemagne et l’Espagne ont, de leur côté, enregistré une diminution pour cinq vaccinations sur sept. La situation apparaît plus contrastée en France et en Italie : la couverture a progressé pour quatre vaccinations, mais diminué pour trois autres. Ces résultats ne signifient donc pas que tous les programmes nationaux sont en crise, mais ils traduisent une fragilisation de la dynamique favorable observée depuis plusieurs décennies.
Un recul particulièrement visible pour certaines vaccinations
Les baisses les plus marquées concernent les vaccinations contre la méningite B et la poliomyélite, dont les taux ont reculé dans 20 pays de l’Union européenne. La couverture contre l’hépatite B a diminué dans 18 pays, tandis que les vaccinations contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche ont enregistré un repli dans 17 pays.
Dans la plupart des cas, le mouvement de baisse a commencé entre 2019 et 2022, une période qui correspond à la crise sanitaire liée au Covid-19. Les perturbations des systèmes de soins, les reports de rendez-vous et les difficultés d’accès aux services de santé ont pu contribuer à cette évolution. Toutefois, les chercheurs restent prudents : leur étude décrit les tendances observées, mais n’avait pas pour objectif d’en déterminer précisément les causes.
Le lien avec la pandémie doit donc être considéré comme une hypothèse plausible, et non comme une démonstration définitive. D’autres facteurs, comme les inégalités d’accès aux soins, la défiance envers la vaccination ou les difficultés propres à certains systèmes de santé, pourraient également jouer un rôle.
Une source solide, mais des limites à garder en tête
La fiabilité de l’article repose sur plusieurs éléments. La publication dans The Lancet Regional Health – Europe, une revue scientifique reconnue, constitue un indicateur favorable, tout comme l’utilisation de données produites par l’OMS et l’Unicef. Ces organismes disposent de méthodes harmonisées pour suivre la couverture vaccinale et comparer les pays.
Ces données restent néanmoins des estimations nationales. Elles peuvent être affectées par la qualité variable des déclarations administratives, les différences de calendrier vaccinal ou les révisions statistiques. En outre, l’étude établit des évolutions et des corrélations, mais ne permet pas, à elle seule, d’identifier les mécanismes responsables du recul observé. Ses conclusions sont donc solides pour décrire la tendance, mais doivent être interprétées avec prudence lorsqu’il s’agit d’en expliquer les causes.
Le principal enseignement est clair : malgré des niveaux encore élevés dans une grande partie de l’Union européenne, la baisse récente de plusieurs couvertures vaccinales constitue un signal d’alerte. Un suivi régulier et des efforts ciblés seront nécessaires pour éviter que ces fragilités ne se transforment en nouvelles flambées épidémiques.